Par la fenêtre du train, défilent des champs de tournesols sevrés de soleil qui ont incliné la tête avant l’heure. Entre deux tunnels, des ravins surplombent des portions de lac. Et sur les berges, des chalets ornés de géraniums. Thoune, Spitz, Därlingen, autant de gares, autant d’images de la Suisse profonde, en l’occurrence l’Oberland bernois. A Brienz, à la sortie du train, l’on embarque sur le lac du même nom pour atteindre le Grand­hotel Giessbach, juste en face, planté au cœur d’un domaine forestier traversé par les chutes de Giessbach, sur 500 m de dénivelé. Faire abstraction de la foule bourdonnante des touristes sur le pont et guetter le son de la corne de brume qui annonce l’accostage imminent. De loin se découpe l’hôtel, monumental avec ses tours et ses coupoles, sur les hauteurs boisées, à flanc de falaise. Vision romantique, paysage grandiose. Du débarcadère, il faut emprunter le funiculaire à crémaillère, le plus ancien d’Europe, qui s’élance abruptement au-dessus des cascades bouillonnantes, celles où Sherlock Holmes précipite son ennemi juré, le professeur Moriarty. Dans le salon de la suite Clara von Rappard aux voilages en drapés mousseux, je m’étends sur le canapé face aux flots fracassants. Je ferme les yeux et me pénètre de l’entêtant tumulte de ce déversement perpétuel. Je m’imagine comtesse en convalescence d’une affection nerveuse, tellement romantique, à qui l’on a prescrit grand air et repos loin des mondanités. Et si je m’enfonçais dans les draps blancs de mon lit face au lac étal, dans ma chambre de l’autre côté, j’ai le choix. J’enclenche la boîte à musique posée sur la coiffeuse et m’enivre de cette atmosphère surannée au son de Memory Cats. Aucune envie de rejoindre le lobby pourtant somptueux pour y croiser des représentants du XXIe siècle.

Traces d’histoire

Construit en 1875 sur un domaine de 22 hectares de forêt, le palace sera ravagé par un incendie huit ans plus tard puis reconstruit de façon à offrir à une clientèle cosmopolite «éclairage moderne, toilettes, cabinets de bain, pavillons, terrains de jeu, trois concerts par jour, barques de plaisance, équipement de pêche, tennis, jeux de croquet». Fin XIXe, on aménage une maison de cure, où l’on pouvait s’adonner, entre autres, à des bains d’acide carbonique ou des bains électriques, avec en arrière-plan une construction indépendante où résidait le personnel des aristocrates itinérants. Après des décennies de disette, le palace menacé de démolition dans les années 80 devient propriété en 1986 de la Fondation Franz Weber, puis est fidèlement restauré et meublé Belle Epoque, encore aujourd’hui

Renseignements: www.giessbach.chTél. 033 952 25 25.L’hôtel est fermé durant l’hiver et rouvrira le 3 avril 2015.