Un été à la cool (3/5)

Greg Williams, le surfeur qui a la vague au cœur

Fondateur de l’Association romande de surf, ce trentenaire façonne ses propres planches en épicéa. Et passe l’été sur le Léman ou l’Atlantique, en Angleterre, dans le sillage de son père

Les lacs, fierté et richesse de la Suisse. Du 16 au 20 juillet, «Le Temps» part à la rencontre de cinq personnages qui les aiment et les font vivre pour les autres.

Episodes précédents:

Des corps bronzés qui filent dans les rouleaux. Kelly Slater. La Californie. Biarritz. Le surf a ses clichés. Bien loin de la Suisse. Pourtant, ce pays enclavé compte une communauté croissante d’adeptes. «Selon des statistiques, il y aurait plus de surfeurs sur notre territoire par rapport au nombre d’habitants et à la superficie qu’en Californie», relève Greg Williams. Ce trentenaire anglo-suisse qui fait corps avec les vagues depuis près de quinze ans a fondé l’Association romande de surf pour réunir les «amoureux de l’océan et de l’odeur de la wax, tout en sensibilisant les membres à l’impact qu’a le surf sur l’environnement et en proposant des camps et des sorties».

Jour de tempête

Cet après-midi de juin, à la plage Le Laviau, à Saint-Sulpice, aucune vague ne se pointe à l’horizon. Pourtant, surfer sur le Léman, c’est possible. En cas de tempête, par exemple. «Un jour de fort vent – 50 nœuds venant du sud-ouest et créant une ligne droite sur un long plan d’eau – on a surfé à Villette des vagues d’un bon mètre et demi de haut qui se cassaient sur la plage, ce n’était pas simple, se souvient le sportif. La plupart du temps, je glisse sur des vaguelettes à Préverenges ou pratique le kitesurf, ici au large de Saint-Sulpice. Il y a aussi l’option wakesurf sur des vagues produites par un bateau à moteur, pour les moins écolos dans l’âme.»

Le surf de rivière a aussi ses bons coins en Suisse, comme à Bremgarten, Thoune ou Payerne. Et plusieurs projets de bassins avec vagues statiques sont en train de voir le jour, notamment en Valais. «Ces alternatives ne remplaceront jamais l’océan. Elles sont en quelque sorte des fitness pour surfeurs qui permettent de maintenir un entraînement tout en démocratisant la pratique», précise Greg Williams. Le fait que le surf soit entré dans les Jeux olympiques pourrait par ailleurs motiver une jeunesse suisse de surfeurs.

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L’appel des grands espaces et des sports de glisse, c’est à son père décédé lorsqu’il avait 16 ans qu’il le doit. Tout est parti d’une photographie retrouvée dans un carton datant des années 1970. On y voit son père, en Cornouailles, son Angleterre d’origine, une planche sous le bras. Au dos de la photo, le nom de la plage était écrit à la main. «J’ai pris ça comme un signe et me suis mis en quête de ce lieu. Le surf, depuis, est un moyen de rester connecté à lui.»

La vague est une des énergies naturelles les plus puissantes. On mesure sa force quand on se fait pousser par elle. Cela ramène à l’essentiel

Rien que la vue d’un plan d’eau allume une étincelle. «C’est un des seuls sports qui se pratique complètement entouré d’un élément. La vague est une des énergies naturelles les plus puissantes. On mesure sa force quand on se fait pousser par elle. Cela ramène à l’essentiel. Plus rien n’encombre l’esprit. Lire un spot. Comprendre comment fonctionnent les vagues, les courants. Choisir sa planche. S’accorder au rythme et à l’équilibre de la nature. Attendre le bon moment pour se lancer. Tenir en équilibre. Rester en vie. C’est vraiment un style de vie. L’eau m’enveloppe de bonheur et d’énergie ultra-positive.»

Le surfeur et sa compagne quittent plusieurs fois par année leur chalet de Gruyère pour rejoindre des spots en eau froide, de l’Angleterre à la Norvège, en passant par l’Islande, plutôt que les bandes de sable ou barrières de corail devenues trop populaires qu’il a déjà testées, en Nouvelle-Zélande, en Australie, aux Fidji, au Pérou et en Indonésie. Loin des clichés de cartes postales, c’est là qu’il peut désormais ressentir le sentiment de communier avec la nature, dans le silence, en présence de phoques ou de dauphins comme seuls compagnons de glisse.

Des surfs biodégradables

La passion de Greg Williams ne suit pas les modes. Elle trouve son élan dans un respect total pour l’environnement, l’océan et même les locaux. Au point qu’il s’est lancé le défi, en 2010, de «shaper» – façonner, en français – des planches en épicéa issu des forêts romandes, comme une alternative plus responsable aux planches en mousse issue de l’industrie du pétrole. Le design s’inspire des modèles rétros qu’utilisait son père. Leurs courbes assurent une glisse douce et fluide que beaucoup de surfeurs assimilent à une danse pour les dieux des océans.

«Pour parvenir à créer un produit non seulement écologique mais aussi biodégradable, donc sans matière toxique, je cherche depuis trois ans à me passer complètement de résine synthétique. Je m’inspire entre autres des techniques d’assemblage des charpentes japonaises traditionnelles, sans colle ni vis. En bref: j’essaie de faire un monstre pas en avant en utilisant des techniques ancestrales pour arrêter d’utiliser ce plastique qui condamne les océans.»

Des côtés sombres

Incontrôlable, le grand bleu a aussi ses côtés sombres. Lorsqu’une brume est tombée à 300 mètres de la plage, en Angleterre. «Il a commencé à pleuvoir. Les gouttes d’eau faisaient un retour, comme un parterre de gazon qui ondulait. On entendait les coups de sifflet des paquebots qui indiquaient leur position près de nous. C’était flippant.» Ou lorsque les ondes s’enchaînent à tel point que le surfeur se fait emporter sans cesse au fond, comme dans une machine à laver. «On a que quelques secondes pour respirer avant de descendre à nouveau. Il faut trouver des ressources. J’ai parlé de ça avec Benjamin Sanchis, qui surfe des vagues de 30 mètres de haut. Il me disait qu’on reste maximum 30 secondes sous l’eau, c’est peu. Seule la panique risque de nous noyer. J’ai appris à me mettre en boule et me laisser emporter, dans un état méditatif, avant de remonter.»

Une fois, il s’est carrément senti aidé. En Nouvelle-Zélande, au large de l’une des plages de surf les plus dangereuses au monde, il s’est retrouvé pris entre des vagues qui cassaient et une barrière de rochers: «Je me revois couché sur ma planche en train d’essayer de ramer. Puis c’est le black-out. Jusqu’à ce que je sois hors de danger. Peut-être que mon père, que je sens souvent présent dans les vagues, a pris les commandes.»

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Pour surfer en Suisse

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