Associez les mots froid et plaisir. Un esprit gourmand pourrait rappeler l’image de la glace pilée dans un cocktail, un esprit voluptueux celle du glaçon de la scène d’anthologie du couple charnel Mickey Rourke-Kim Basinger dans 9 semaines 1/2. Pour la plupart des lecteurs cela pourrait probablement faire ressurgir le visage souriant de «l’homme de glace» alias Wim Hof, se prélassant dans un bain sous la banquise.

Ce recordman a parcouru 66 mètres à la nage sans combinaison sous une épaisse couche de glace en Finlande, couru un semi-marathon pieds nus au-delà du cercle polaire arctique et atteint le sommet du Kilimandjaro après deux jours de marche en short. Ses prouesses, dont 21 sont désormais inscrites au livre Guinness des records, ont été largement relayées par les médias et les réseaux sociaux. Sa méthode est désormais enseignée par des coachs agréés dans le monde entier.

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Fakir du froid

Son application se base principalement sur des techniques de respiration, soit un cycle d’inspirations et expirations rapides, afin de provoquer une hyperventilation, suivies par des apnées, en retenant sa respiration avec les poumons pleins, puis vidés. L’autre pilier de sa démarche relève de la méditation, le contrôle de son mental qui amène à une sensation euphorisante de dépassement de soi. Cette résistance singulière ne se limitera pas aux froids extrêmes, mais à tout type de stress, physique, émotionnel et même bactériologique.

Lors d’une expérience scientifique, Hof s’est fait injecter une bactérie appelée E. coli, qui aurait dû provoquer une grippe intestinale. En appliquant sa technique, il n’en a pas subi les symptômes habituels. L’expérience a ensuite été élargie à un groupe de 12 volontaires formés pendant cinq jours par Wim Hof, qui aime répéter: «Tout le monde est capable d’apprendre ce que je suis capable de faire.» Ces derniers ont réussi à atténuer la violence de la réponse inflammatoire liée à l’injection.

L’immersion dans le froid fait également partie de la panoplie des outils de récupération musculaire pour les sportifs de haut niveau, permettant des entraînements intenses à des intervalles rapprochés. Dans les dernières années, la cryothérapie a gagné en popularité et est devenue accessible à un large public pour des soins esthétiques. Le principe? Enfermé dans une cabine de cryosauna, le corps est maintenu à une température de -110°C, pendant trois minutes. En utilisant de l’air très sec, cette technologie a pour effet de diminuer la sensation de froid même à de très basses températures. Certaines parties doivent cependant être protégées, notamment les pieds et les organes génitaux, mais aussi la bouche et les oreilles dans les versions où la cabine est totalement fermée. Du côté médical, la cryothérapie est aussi utilisée pour soulager les douleurs de maladies inflammatoires chroniques comme la spondylarthrite ankylosante, la polyarthrite rhumatoïde ou la sclérose en plaques.

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Si le choc thermique montre des applications si encourageantes, il existe aussi des options simples et moins coûteuses pour profiter des bienfaits du froid. Une publication récente des Editions Jouvence intitulée La Santé par l’eau froide explique, sur des bases scientifiques, comment tirer parti de l’hydrothérapie, que cela soit dans la mer, un lac, une rivière ou chez soi. Féru de bains froids, le Dr Philippe Stéfanini, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), et Myriam Willemse, naturopathe, ont conduit dans le sud de la France des tests d’immersion en mer sur une dizaine de personnes, pendant plus d’une année. Ces expériences confirment que, pratiqué régulièrement, pendant toutes les saisons, ce type de bain produit une action positive sur l’organisme, en soulageant les douleurs, en améliorant le tonus général et l’équilibre psychologique.

Bienfaits en cascade

Tout d’abord, le froid stimule instantanément la circulation sanguine, ce qui accroît le besoin en oxygène et nous pousse automatiquement à respirer plus profondément, avec en corollaire une diminution de la fatigue. La contraction vasculaire engendre également un décongestionnement des organes internes et aide à évacuer les toxines et les impuretés. Par le changement de pression artérielle, la lymphe et la rate sont mobilisées. Chez les hommes, la douche froide aurait aussi un effet sur la production de testostérone, aidant à combattre la fatigue sexuelle et le manque de libido, ainsi qu’à booster la fertilité.

Il s’agit d’un bain d’hormones du plaisir, qui permet de soulager les douleurs

Dr Stéfanini

Lors d’une baisse de température, les nerfs envoient un message au cerveau qui sécrète deux hormones antidépressives: les endorphines et la noradrénaline. Couplé avec l’effet anti-inflammatoire du froid, un effet antalgique peut avoir lieu. «Il s’agit d’un bain d’hormones du plaisir, qui permet de soulager les douleurs, explique le Dr Stéfanini. L’inflammation constitue une vraie problématique occidentale; prenez les maladies auto-immunes, par exemple, dont le nombre ne cesse de croître. A partir du moment où l’on arrive à diminuer les effets d’acidose et inflammatoires, on est gagnants. Bien évidemment, je prône une médecine intégrative, de prévention, au sein de laquelle le patient assume un rôle actif et ne se contente pas de réagir en cas de maladie déclarée.» Pour ce spécialiste, le froid représente un outil thérapeutique essentiel, après l’activité physique et l’alimentation.

Le froid est souvent cité comme auxiliaire dans le cadre de cures amincissantes car le corps cherche naturellement à rétablir sa chaleur habituelle et stimule ainsi la combustion des graisses. «La graisse brune est le «bon» tissu adipeux, elle brûle des calories lorsque l’on est exposé au froid et agit sur la fonte de la graisse blanche qui, au contraire, a tendance à se stocker et à entraîner du surpoids», précise le duo Stéfanini-Willemse dans son ouvrage. Les scientifiques connaissaient l’existence de cette «bonne graisse» chez les nourrissons, les petits mammifères et les animaux qui hibernent, mais ils ne l’ont découverte chez l’adulte qu’il y a une dizaine d’années. Actuellement, les recherches se poursuivent afin de trouver d’autres actions ou substances qui pourraient agir sur ce tissu adipeux.

Chaud-froid

L’exposition au froid permet au corps de s’activer, de se purifier et de se réparer plus rapidement. On aurait donc tort de se priver d’une technique aussi puissante et bon marché. Pour les débutants, la meilleure option est celle de l’alternance chaud-froid; une simple douche écossaise à la maison ou l’immersion dans un bain froid après le sauna sont des routines faciles à mettre en place, même pour le plus frileux.

Pour les personnes qui ont de la peine à trouver le sommeil, il est bon de savoir que cette alternance, appliquée avant le repas du soir par exemple, favorise l’endormissement. Une autre méthode idéale pour franchir le premier pas consiste à baigner seulement certaines zones, selon la méthode Kneipp. Un jet froid sur les cuisses traite la cellulite et les jambes lourdes et apaise l’anxiété mais aussi la gueule de bois… Alors qu’un bain de bras froid soulage les migraines et la nervosité.

Le corps peut s’adapter et se désadapter en permanence, mais cela seulement lorsqu’il est exposé à de faibles doses de stress; il faut donc que l’exposition au froid soit répétée et progressive. L’eau froide est d’une innocuité absolue si on en fait un usage rationnel et une minute suffit déjà à booster le capital santé. Lorsqu’on se sent fragile ou trop fatigué ou après un repas trop riche, il est préférable de s’abstenir. Les personnes présentant des risques cardiaques doivent obligatoirement faire un bilan préalable chez un cardiologue. Pour tous ceux qui seront conquis, le Dr Stefanini préconise une symbiose thérapeutique, c’est-à-dire associer le froid avec une autre pratique, comme le chi-gon dans l’eau ou le yoga du froid appelé Toumo. Allez-y et n’hésitez pas à vivre fraîchement!

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