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Au-delà des remontées mécaniques, la vallée de Hakuba offre un vaste circuit de randonnée. 

Voyage

Hakuba, le nouveau royaume de la poudre

Convaincus par la quantité et la qualité exceptionnelles de la neige qui tombe dans la vallée de Hakuba, deux freeriders romands y ont ouvert leur lodge. Escale au paradis des surfeurs

«Par temps dégagé, on peut voir la mer depuis le haut de ce télésiège…» La montagne et l’écume. Simon Favez, le snowboard agile et l’œil alerte, scrute un instant une cime avoisinante, accessible aux seuls randonneurs. Le soleil vient de déchirer le léger voile nuageux, révélant les reliefs immaculés du vaste domaine skiable. Eclaircie sur Hakuba Norikura. «Par ici!» Le board de Simon Favez s’écarte de la piste balisée. On sillonne sur le fil d’une petite crête, parmi les feuillus dénudés par l’hiver. Le vallon, en contrebas, est recouvert d’une couche de 10 à 15 centimètres de poudreuse, tombée le matin même par-dessus l’épais manteau neigeux. Premières traces, jusqu’à la rivière endormie. Solitude. Silence.

Géraldine Grand et Simon Favez, la trentaine souriante, passent leur seconde saison de glisse dans l’Archipel, plus exactement à Hakuba, dans la préfecture de Nagano, non loin de la côte ouest de l’île de Honshu. Passionnés de snowboard (et de surf aquatique), ces deux Suisses romands ont tout plaqué voilà bientôt deux ans pour ouvrir à Hakuba leur propre lodge, baptisé Kodama. Une magnifique pension, toute en fûts de bois, baies vitrées et hauts volumes, lovée au pied des pistes, face au cirque spectaculaire des «Alpes» nipponnes. Kodama? «Esprit de la Forêt en japonais», expliquent-ils un peu plus tard, installés dans leur chaleureuse salle à manger. Référence aux conditions particulières de Hakuba Norikura: on y skie parmi les pins, mais aussi les bouquets de grands bouleaux, qui donnent à certaines combes une dimension joueuse, assez technique, et accentuent la visibilité lorsque le vent souffle et que les flocons emmitouflent l’horizon.

Surfeurs du monde

C’est qu’à Hakuba, dont certaines pentes sont fameuses pour avoir accueilli l’une ou l’autre compétition des Jeux olympiques de Nagano, il neige entre trois et quatre jours par semaine, en alternance. «On se trouve à la même latitude environ que l’Afrique du Nord, pourtant il tombe ici en moyenne 11 à 12 mètres de neige par année», notent Géraldine et Simon, visiblement ravis de cette statistique. A titre de comparaison, c’est deux mètres de plus qu’à Whistler Blackcomb, perle des stations canadiennes, faisant de Hakuba l’une des régions les plus saupoudrées du monde. «Les courants de Sibérie descendent et traversent la mer, drainant avec eux énormément d’humidité», commente Simon. Résultat: même avec une faible masse nuageuse, les précipitations sont généreuses.

La quantité et la qualité exceptionnelles de cette neige, vive et légère malgré l’altitude relativement faible (le domaine skiable s’étend entre 800 m et 1900 m environ) ont immédiatement séduit Géraldine et Simon lors de leur premier voyage au Japon, en 2014. Au moment de leur départ, les deux Lausannois d’origine, installés à Sion, travaillent dans les domaines des sports d’hiver, de l’enseignement et du management. Surtout, ils pratiquent le snowboard à haut niveau, participant éventuellement aux qualifications du Freeride World Tour. A l’aise sur les pentes d’altitude autant que dans les rouleaux océaniques, le couple contemple l’idée du grand saut à l’étranger. Oui, mais où?

«On a décidé d’entreprendre un tour du monde pour rider et surfer sur un maximum de continents», se souvient Géraldine. Le voyage a des visées exploratoires, mais pas seulement. «Il était important pour nous qu’il y ait une dimension supplémentaire à cette expérience personnelle. L’idée était de pouvoir offrir des filtres à eau à des populations dans le besoin croisées sur notre chemin.» Sous l’égide de leur projet Riding for Water, Géraldine et Simon financent cinquante filtres à travers une opération de crowdfunding, et s’envolent bientôt pour le Maroc («On a adoré rider dans l’Atlas!»), l’Afrique du Sud, le Mozambique, puis Madagascar, avant d’enchaîner avec la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Indonésie et les Philippines, et finalement l’escale décisive au Japon. «On devait encore poursuivre sur Hawaii et l’Alaska. Mais la beauté des montagnes, la gentillesse des gens et l’incroyable exotisme de l’Archipel nous ont bouleversés. Comment ne pas vouloir rester?»

Déco folklorique

Géraldine et Simon passent l’hiver 2014-2015 à explorer les très belles potentialités de la vallée – Hakuba compte sept domaines skiables adaptés à tous les niveaux, depuis les pentes les plus douces jusqu’aux combes les plus exigeantes, sans compter la randonnée et le hors-piste. L’été suivant, ils décident d’investir leurs économies dans cette maison aux larges fenêtres, à fleur de piste, appelée à devenir Kodama. Les neuf chambres, entièrement refaites, permettent d’accueillir jusqu’à vingt hôtes, sur tatamis ou sur lits à l’occidentale, au choix. Tandis que la déco délicieusement folklorique du «salon suisse» et le four à raclette fraîchement inauguré confèrent au lodge sa touche helvétique, les parois de papier des fenêtres en shoji, la hauteur des piliers centraux et la table chauffante «kotatsu» perchée sur la mezzanine rappellent les racines typiquement japonaises du lieu.

A l’heure où les premiers bourgeons de cerisiers éclosent au creux des jardins tokyoïtes, et tandis que la température est idéale pour déambuler entre les grands temples de Kyoto, la neige continue de tomber sur l’Esprit de la Forêt. A Hakuba, les remontées mécaniques fonctionneront jusqu’en mai. Avis aux amoureux de la montagne et aux riders acharnés.


Y aller

Depuis Tokyo, trois possibilités:

En train rapide Shinkansen depuis Shinagawa ou Tokyo, puis lignes régionales Japan Rail, jusqu’à la gare de Hakuba. Durée: 3h30, environ 120 francs aller simple.

En bus, par exemple Keio Line, depuis la gare routière de Shinjuku. Durée: 5h, environ 50 francs aller simple.

En voiture, environ 4h30 de route.

Y séjourner

En chambre tatami ou «western», avec bain privé ou partagé, toilettes communes, de 65 à 85 francs environ par personne et par nuit.
Renseignements et réservation: kodamalodge.com

Y louer du matériel

Kodama Lodge propose quelques snowboards en location. Au village de Hakuba, compter environ 60 francs par personne et par jour pour la location de skis, bâtons et chaussures – matériel de moyenne gamme.

S’y restaurer

Kodama Lodge propose les petits déjeuners, avec des dîners en option quelques fois par semaine, sur inscription. Aux alentours, plusieurs restaurants proposent des spécialités japonaises (ramen, udon, izakaya – style), accessibles à pied ou en bus-navette. Prix modérés.

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