urbanisme

Hambourg mise sur ses algues et se refait une beauté

Insécurité, violence, pauvreté: le quartier de Wilhelmsburg, au sud de l’Elbe, était une poudrière jusqu’à ce que la ville décide de le transformer. Des architectes en ont fait le terrain privilégié de leur invention

Curieux quartier que Wilhelmsburg. 55 000 habitants y vivent, sur les 35 km2 de cette île tournant le dos au centre de Hambourg et bordée de docks désaffectés sur sa façade nord. Wilhelmsburg, au sud de l’Elbe, multiplie les handicaps, loin du centre huppé de la cité portuaire. Sur le plan des infrastructures, l’île est sillonnée par trois axes de circulation nord-sud isolant les habitants les uns des autres: une voie rapide, un complexe de voies de chemin de fer et l’autoroute ne sont traversés que par de rares ponts. Sur le plan social, le quartier a des allures de poudrière: 70% des habitants sont issus de l’immigration. Pauvreté et chômage gangrènent ces rues bordées d’immeubles anciens non rénovés et de barres de logements sociaux des années 1960 et 1970, dépourvues d’âme. «Pendant des décennies, on a systématiquement installé à Wilhelmsburg ces équipements dont personne ne veut à côté de chez soi, comme les centres de traitement des déchets ou des eaux», se souvient Jörn Walter.

Depuis son bureau, au 17e étage d’un immeuble flambant neuf au cœur de Wilhelmsburg, le chef du Service de l’urbanisme de la Ville de Hambourg montre avec enthousiasme le plan géant de la ville qui orne l’un des murs. A ses pieds, la ligne de chemin de fer et de RER traversée par une nouvelle passerelle pour les piétons. A quelques encablures de là, un quartier neuf vient de sortir de terre. De petits bâtiments d’habitation cubiques se côtoient, posés sur de vastes pelouses, à proximité du nouveau parc, qui accueille cette année une exposition de jardins paysagés. Les bâtiments, techniquement tous novateurs, sont conçus pour faire face aux changements climatiques: aller vers une ville durable, mais aussi faire face à la montée des eaux… Certains comme la «maison aux algues» (lire ci-dessous) font appel à des matériaux inédits. D’autres sont construits sur pilotis: le quartier a subi à plusieurs reprises des inondations catastrophiques.

Ce nouvel ensemble architectural est né à la faveur de l’Exposition internationale d’architecture (IBA-Hambourg), un projet lancé en 2006 et inauguré en mars dernier. Les IBA sont nées en Allemagne au tout début du XXe siècle dans la lignée des Expositions universelles, avec une différence essentielle: les bâtiments ne sont pas démontés et leur objectif est presque toujours la mise en valeur d’un quartier, d’une ville ou même d’une région: reconstruire Berlin-Ouest en 1987, reconvertir les anciens sites industriels de la Ruhr en 1999, rénover les territoires est-allemands victimes de dépeuplement en 2010… La prochaine se tiendra à Bâle en 2020. Les IBA ont attiré dans le pays de grands noms de l’architecture comme Le Corbusier, Walter Gropius ou Oscar ­Niemeyer.

L’IBA-Hambourg a été pour la municipalité l’occasion d’encourager le développement de quelque 60 projets architecturaux, qui tous devront contribuer à améliorer la qualité de vie des îles voisines de Wilhelmsburg, Veddel et du port intérieur de Harburg. Immeubles d’habitation, infrastructures dédiées à la formation ou au sport devront répondre à de strictes exigences en termes d’environnement, favoriser le développement du quartier et encourager la mixité sociale. Hambourg (1,73 million d’habitants) connaît chaque année un solde migratoire positif de 5000 à 8000 habitants. Avec l’IBA, «Wilhelmsburg s’est enrichi de 1000 appartements supplémentaires, de quoi loger environ 2000 personnes», se félicite Jörn Walter, soucieux d’éviter toute tension sur le marché immobilier.

Touche par touche, Hambourg prend un nouveau visage. La mise en valeur de Wilhelmsburg à la faveur de l’IBA répond au développement de la «Hafencity», sur l’autre rive de l’Elbe. Ce vaste projet d’urbanisme ayant pour objectif d’agrandir le centre-ville, voté en 1997 par le parlement de la ville, devrait être achevé en 2020. Il prévoit la construction de dizaines d’immeubles de bureaux et d’habitations là où se trouvaient jadis des docks désaffectés. L’emblème de cet ensemble flottant à l’architecture futuriste est la ­Philharmonie de l’Elbe, des architectes suisses Herzog et de Meuron: un ancien entrepôt à cacao coiffé d’une structure de verre et d’acier époustouflante aux allures de voilier dominera le quartier d’ici à 2014, avec des mois de retard par rapport au plan initial. Du sommet de l’édifice, la vue est saisissante. Par beau temps, assure la légende, on voit jusqu’à la mer, à 120 km de là…

«L’évolution de l’activité portuaire a rendu tous ces changements possibles, explique Jörn Walter. Le développement des porte-conteneurs a libéré des kilomètres de quais, jadis nécessaires au débarquement des cargaisons. Que faire de toute cette surface? Dans les années 1990, on a commencé à réfléchir à la mise en valeur de ces vastes surfaces, avec un impératif: densifier l’habitat plutôt que de poursuivre la croissance de la ville hors de ses frontières.» Et permettre à Hambourg – propulsée au centre de l’Europe par la chute du Mur – de poursuivre son développement.

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Les bâtiments, techniquement tous novateurs, sont conçus pour faire face aux changements climatiques

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