Slash/Flash

Harry/E.T.

Et si les créateurs qui nous inspirent n’étaient que des avatars? C’est la question que pose cette chronique. Aujourd’hui: quand le prince Harry rencontre E.T.

Tous des E.T. Vous. Moi. Nous. Et même lui, Harry, le prince Harry.

Au moment où j’écris cette chronique – j’ai beau battre régulièrement le record de la chronique rendue la plus en retard du mooooonde, je rédige ce texte plusieurs semaines avant que vous ne le lisiez – au moment, donc, où je rédige cette chronique, il y a la formidable Claude-Inga Barbey qui parle dans la radio. La comédienne explique le bouleversement qui l’a submergée lorsqu’elle a appris qu’elle allait être grand-mère. Barbey trouve des mots justes et simples pour raconter le sentiment de finitude (je mourrai peut-être avant que mon petit-enfant ait 20 ans) et celui de continuation (mais quelque chose de moi durera plus que moi) qui se tressent en elle. Justement. Claude-Inga Barbey me rappelle l’un des plus jolis et charmants moments people de l’année: celui où le prince Harry, le fils de Lady Di et l’époux de Meghan, annonce à une assemblée de journalistes qu’un fils lui est né.

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La scène se passe à la campagne, devant une écurie et des chevaux. Vous pouvez la retrouver sur YouTube, elle est mignonnette – surtout quand Harry, en bon garçon bien élevé mais sans doute déboussolé, remercie tout le monde, y compris les chevaux derrière lui («Thanks guys»)… Harry, né Henry, duc de Sussex, c’est le moins bien équarri des deux fils de Lady Di et de Charles. Harry, c’est celui qui pleurait tellement derrière le cercueil de sa mère, la princesse qui inventa, bien malgré elle et avant la naissance des réseaux sociaux, la compassion planétaire instantanément combustible. Harry, c’est celui qui fit carrière dans l’armée (je résume), qui commit des conneries imbibées (comme se déguiser en officier nazi pour un bal masqué) et qui, n’ayant rien à perdre, semble avoir fini par tout gagner – alors que son frère, ange blond déchu, ne semble que l’ombre prématurément duveteuse de son fantôme de père.

Mais là, sur cette courte vidéo de rien du tout, ce n’est plus seulement Harry le prince noceur qui parle, ni le nouveau papa, très roux, d’un enfant métis, qui raconte cette chose inimaginable qu’est un accouchement, ce truc impensable qu’est la paternité. Harry, à ce moment-là, c’est carrément E.T. qui, descendu de sa planète, découvre le principe de la vie, le sentiment que tout autre humain éprouverait à sa place, le plus petit dénominateur commun entre tous les humains de cette Terre – et qui le fait en parfait héritier royal, c’est-à-dire en s’excusant de proférer ainsi des banalités universelles. Harry, c’est un extraterrestre soudain confronté à la vraie vie de toutes les vraies gens, qui s’en émerveille, et qui s’étonne de ressentir la même chose en lui. Mais Harry, c’est aussi nous-mêmes, chaque fois que nous vivons une chose forte dont nous connaissions l’existence (un deuil, un orgasme, une surprise, la beauté…) mais qui, quand nous la traversons, nous dépasse, nous surpasse, nous ravit. Comme Harry, nous sommes tous des E.T. de nos vies, des spectateurs de nos existences qui parviennent, parfois, à nous dépasser. Tous des E.T. comme Harry.

Chers E.T., je vous souhaite donc un bel été, très extraterrestre.

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