Il aime la poésie et les grands récits épiques d’Homère. Et porte sur la lecture du temps un regard philosophique, ludique et onirique qu’il met en pratique au sein de la maison dont il est le directeur artistique. Depuis 2011, Pierre-Alexis Dumas présente à peu près tous les trois ans une montre à complications qui joue et déjoue la notion d’horaire. Après l’Heure suspendue, l’Heure masquée et l’Heure impatiente, voici qu’Hermès regarde vers le ciel avec son Arceau l’Heure de la Lune.

«A travers ces objets, je veux interroger notre rapport au temps, dans un monde où il n’existe plus puisque tout est instantané, explique Pierre-Alexis Dumas. Et puis le temps est aussi un espace de pensée. A quel moment vais-je me consacrer à un peu d’introspection? Quand vais-je trouver l’inspiration? Voilà ce que j’aime dans ces pièces contemplatives que sont les montres à complications. Par le truchement d’une mécanique sophistiquée, elles nous ramènent curieusement à la vérité de notre nature profonde.» Face à ses machines pour qui le temps devient un terrain de jeu et d’expression, l’idée est aussi d’apaiser notre rapport parfois inquiet à ce dernier. «On a peur du temps qui passe, on a peur de vieillir, on a peur de mourir. Le temps est la seule chose qu’on ne peut ni économiser ni rattraper. Il faut donc le vivre le mieux possible.»

Capacité d’émerveillement

En 2019, prendre pour sujet la Lune, c’est aussi coller à un alignement planétaire parfait. Le 19 juillet, on fêtera le 50e anniversaire du petit pas pour l’homme et du grand bond pour l’humanité. En horlogerie, pourtant, la Lune reste souvent cantonnée dans un tout petit guichet. Hermès a décidé de lui redonner sa place céleste en lui consacrant tout le cadran de l’Arceau, qui existe avec un fond en aventurine ou en météorite, forcément, chaque modèle étant produit à 100 exemplaires. Le mouvement manufacture Hermès H1837 anime les compteurs des heures et des minutes qui bouclent leur révolution en 59 jours exactement. Lesquels avancent sur les deux faces en nacre blanche de l’astre, dont celle cachée sur laquelle crapahute en ce moment un robot chinois. Comme l’ombre de la Terre croque chaque jour un peu plus le disque de son satellite naturel. Bref, voici une phase de Lune comme on n’en a jamais vu.

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«C’est drôle de voir qu’ici le temps devient satellitaire. C’est une invitation à l’émerveillement, à retrouver derrière les heures qui passent cette émotion face au grand mystère qu’est notre rapport au cosmos. Car n’est-ce pas le mouvement des planètes qui détermine notre temps?» continue Pierre-Alexis Dumas pour qui, au-delà de la prouesse technologique, c’est aussi le concept de cycle que cette montre interroge. «Eclairage artificiel, société connectée en permanence: notre vie moderne a tendance à oublier que nous sommes des animaux cycliques qui vivent le jour et dorment la nuit. Et que la Lune agit sur notre comportement. J’aime l’idée que cette montre nous incite à méditer sur cette influence. Comme ces vanités que l’on trouve dans les cabinets de curiosités.»

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Conquête de l’espace

Ce n’est pas la première fois qu’Hermès part à la conquête de l’espace. «Dans les années 80, l’European Space Agency avait lancé un programme qui rendait fou d’excitation Jean-Louis Dumas, mon père. L’ESA avait imaginé une petite navette pour concurrencer celle de la NASA qu’elle avait baptisée Hermes. Il en avait profité pour sortir Espace, une ligne de bagages en cuir et fibre de carbone, en espérant qu’elle embarquerait à bord de ce vaisseau.» Le projet de l’ESA est finalement tombé à l’eau. Mais pas celui de Jean-Louis Dumas d’envoyer sa marque tutoyer les étoiles. «Je ne sais pas comment il a fait, mais il a convaincu un astronaute de porter dans la navette une chemise et une cravate Hermès.»

Montagne en rubis

L’espace, nouvelle frontière imaginaire de l’impossible. Une grande aventure contemporaine comme pouvaient l’être l’Iliade et l’Odyssée dans l’Antiquité, et qui passionnent Pierre-Alexis Dumas. «Je suis assez obsédé par ces mythes. Je lis beaucoup de livres qui tournent autour de l’Odyssée, qui a pour moi une dimension poétique fondamentale et qui me fait rêver», reprend-il en évoquant Machiavel, celui par qui l’homme va recouvrer sa liberté. «C’est lui qui va opérer la rupture entre le monde ancien et le monde moderne. A son époque, on passe de l’être établi dans un ordre parfait conçu par le divin et perverti par l’homme, à l’être capable de transformer le monde et de s’ouvrir vers l’inconnu. Quand on voit les premières cartes hollandaises qui commencent à être dessinées vers l’ouest, il n’y a rien que du blanc, on accepte le vide. Cela marque le début de notre ère, qui va explorer et remplir ce néant avec la connaissance.»

Pour finir par alunir, il y a cinquante ans, sur un caillou gris situé à 385 000 kilomètres au-dessus de nos têtes. Ce qui permet à l’homme de se projeter désormais à des années-lumière de la Terre. Et à Pierre-Alexis Dumas de s’imaginer voyageur interstellaire. «Vous avez déjà entendu parler des exoplanètes exotiques? Elles sont majoritairement composées d’aluminium. Les astronomes en ont déduit qu’à leur surface les montagnes étaient faites de rubis et d’émeraude. Vous imaginez le Mont-Blanc en rubis? Extraordinaire!»