France

Herzog & de Meuron, rois du ciel parisien

Le duo d’architectes suisse pourra mener à bien la construction de la tour Triangle, qui devrait s’élever dans le ciel de Paris en 2024. La justice française a écarté lundi les dernières oppositions

Après l’«hexagone» à la française, une tour pyramidale, haute de 180 mètres et forte de 42 étages, dominera d’ici quelques années le périphérique parisien à la hauteur de la Porte de Versailles. Inauguré en décembre 2017, l’«hexagone» abrite, derrière son enceinte coiffée d’un toit noir et aérodynamique pour déjouer les systèmes d’espionnage électronique, le Ministère français de la défense.

La tour Triangle, elle, sera un immeuble de bureaux dont la volonté affichée est de faire pâlir d’envie ses rivales de la Défense, le quartier des affaires parisien situé à l’extrême ouest de la capitale. Le permis de construire de cet édifice avait été signé le 28 avril 2017. Mais il fallait, avant de passer à l’acte, écarter les derniers recours en «illégalité». Ce qui a été fait, lundi 6 mai, par la justice française. Plusieurs associations, dont France Nature Environnement, ont bataillé contre ce projet.

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La signature de cette tour sera helvétique. C’est aux architectes suisses Herzog & de Meuron que le promoteur Unibail a fait confiance pour dessiner ce gratte-ciel qui aura pour concurrent futur les tours Duo de l’architecte français Jean Nouvel, dont la première pierre a été posée en mai 2017 à l’autre bout de Paris, dans le quartier de Bercy, situé à l’est. L’une des réalisations les plus connues d’Herzog & de Meuron en France est le stade Matmut Atlantique de Bordeaux, soutenu par une forêt de colonnes. La tour Triangle, qui comportera un hôtel de 120 chambres et un «skybar», devra être édifiée plus rapidement que prévu pour une ouverture en 2024, lorsque Paris accueillera les Jeux olympiques d’été.

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500 millions d’euros et 5000 employés

L’originalité de ce bâtiment est d’abord… politique. Sa construction faisait partie de l’ambitieux plan de modernisation de la capitale mis en œuvre, entre 2001 et 2014, par l’ancien maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë, remplacé en 2015 par Anne Hidalgo. L’ex-président Nicolas Sarkozy, à l’Elysée entre 2007 et 2012, avait soutenu ces projets destinés à répondre aux desseins futuristes de Londres ou Berlin.

Parmi les chantiers alors validés figuraient, outre les tours Triangle et Duo, le nouveau palais de justice inauguré dans le quartier des Batignolles (nord-ouest) en avril 2018 et signé de l’Italien Renzo Piano, et la rénovation de l’aïeule des tours parisiennes, la tour Montparnasse (décidée en 1958, inaugurée en 1973), dont les travaux de désamiantage viennent enfin de se terminer.

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Une serre agricole au sommet de la tour Montparnasse

Clin d’œil aux défenseurs d’un urbanisme vert, la future tour Montparnasse sera plus haute de 18 mètres (210 mètres aujourd’hui) et accueillera sur son toit une serre agricole. Le quartier de la Défense conservera toutefois la suprématie côté altitude avec la tour Link actuellement en construction, elle aussi attendue pour 2021. Elle culminera à 244 mètres.

La tour Triangle aura, face à ses concurrentes, un avantage important: elle dominera le sud parisien où débouche l’autoroute A6, l’une des plus fréquentées de France… mais aussi l’une des plus congestionnées. Elle dominera le palais des expositions de la Porte de Versailles, ce qui en fera naturellement un pôle d’affaires prisé. Pour satisfaire aux exigences des riverains, un espace culturel de 550 m² sera intégré à l’édifice. Le coût de la tour Triangle est estimé à 500 millions d’euros et le chantier, sous la supervision des architectes helvétiques, devrait employer près de 5000 personnes.

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