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Figures de style

Où sont les hommes élégants?

Alors que les défilés masculins font tourner les têtes à Londres, avant Milan et Paris, notre chroniqueuse Valérie Fromont s’interroge sur l’élégance des garçons

Parlons chiffons, parlons des hommes. Cette semaine, les défilés masculins printemps-été 2014 ont débuté à Londres avant de se poursuivre à Milan et à Paris. Comme sur de nombreux défilés féminins, on y voit des silhouettes de toutes les couleurs, tour à tour drôles, intéressantes, compliquées, stimulantes, émouvantes, guindées, distinguées, grotesques et parfois – parfois – bouleversantes de beauté. Quel étrange défi que d’être astreint à réinventer l’élégance tous les trois mois. Aux abords des défilés, les invités les plus stylés se livrent au jeu très prisé du street style, censé nous montrer la mode telle qu’elle est portée dans la vraie vie: on y voit des hommes qui ont assorti la couleur (bleu Klein) de leur veste à double boutonnage à celle de leurs lunettes et à la tenue de leur assistante, et même des garçons qui savent porter un pantalon aux motifs de chemise hawaiienne avec chic.

Je connais peu d’hommes qui aiment porter la mode telle qu’elle est conçue dans ces cercles-là. Mais j’en connais encore moins qui n’aient pas un souci d’élégance. Pour tous ceux-là, il y a les guides d’éducation vestimentaire. Ceux qui fleurissent dans plus ou moins tous les domaines de la vie quotidienne depuis quelques années, et s’épanouissent aujourd’hui dans la conquête du vêtement masculin. Notons que ces guides ont souvent une forte empreinte culturelle et identitaire, comme en témoignent deux des plus récents. Le bien modestement intitulé: Le Regole del mio stile (Les Règles de mon style, édité en italien par ADD et pas encore traduit) de l’intrépide Lapo Elkann, l’enfant terrible du clan Agnelli. Tout comme le You’re so French. MEN!, de Frédérique Veysset et Isabelle Thomas aux Editions de La Martinière. Ce dernier entend faire la promotion de ce qui est devenu à travers le monde une quasi-marque déposée: la figure du Parisien (vs de la Parisienne) et, à travers elle, le cortège de fantasmes que la France véhicule encore et toujours. Quant à Lapo Elkann, son nom suffit à éclairer sa propre mythologie: petit fils de l’Avvocato, le flamboyant Gianni Agnelli, avec qui il partage un sens des affaires à l’italienne, une vie de frasques et des pieds nus dans des mocassins de daim.

Bien entendu, on n’est pas élégant à Turin comme on l’est à Paris. Grâce aux conseils qu’ils prodiguent et aux portraits qu’ils proposent, ces manuels sont de véritables ouvrages sociologiques, instructifs sur la manière de nouer un nœud papillon comme sur les usages du monde ici et maintenant. Car au-delà des centimètres, des tribus, des marques de distinction, de l’usure d’un tissu ou des façons de nouer un foulard, ces guides entendent placer le débat de l’élégance dans un contexte plus vaste et éduquer le quidam aux usages du monde, dans le style prescriptif qui les caractérise souvent. On ne pose pas ses coudes sur la table (facile), on ne largue pas son conjoint par SMS (utile), on ne fait pas de boulettes avec le pain (ah bon?), on ne dit pas: «Je vais au médecin» ni «Le resto que je t’ai parlé». Aïe.

Pour des esprits en quête de légitimité, et notamment de légitimité sociale, ces guides donnent des repères et jouent le rôle d’un vieil oncle aristocrate très au fait des usages du monde, qui nous aurait aidés à les connaître pour mieux s’en amuser. Mais croire que l’élégance, tout comme la politesse ou la grammaire, s’acquiert comme on apprend à repasser un ourlet, ce n’est pas très différent de penser qu’il suffit de pousser la porte d’une enseigne de luxe pour être chic. Heureusement, certains tirent merveilleusement leur épingle du jeu. Un de mes préférés du genre reste le titre d’un ouvrage de Nick Foulkes qui dit en substance: c’est lorsque les hommes se comportent le plus mal qu’ils sont les plus beaux*. Mais ça, toute femme élégante le sait depuis longtemps…

* «After Dark. When men behave their worst yet look their best», Skira, coll. Uman: The Essays.

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