Design

Ikea veut veut valoriser son casting d'élite

Avec ses Democratic Design Days, Ikea soigne son image de designer responsable et durable. Et présentait avant l’été ses nouvelles collaborations avec des créateurs pointus dans son quartier général d’Almhult

Régulièrement, Ikea fait tourner ses Democratic Design Days un peu partout à travers l’Europe. Le but de ces journées? Présenter la philosophie du géant suédois du meuble en kit, pour qui le design est aussi un métier à responsabilité. Attentive au développement durable, à l’écologie et au mieux-être général, la marque pèse suffisamment lourd, elle le sait, pour influencer certains comportements. L’entreprise montre donc l’exemple. Elle s’engage à avoir réduit d’ici douze ans l’empreinte carbone de ses produits de 70% et, d’ici à 2020, promet un fret de ses marchandises garanti zéro émission polluante. Et lorsqu’elle décide une action aussi simple que l’abandon des pailles dans ses restaurants, c’est une quantité non négligeable de plastique qui n’encombrera plus les océans.

Cap sur l’Afrique

Cette année, les Democratic Design Days revêtaient une symbolique particulière. En 2018, Ikea fête le 75e anniversaire de sa création par Ingvar Kamprad à Almhult, bourgade perdue au milieu de la campagne suédoise, là où se trouve son musée Ikea, son hôtel Ikea et où une bonne partie de la population vit grâce au quartier général de l’entreprise.

«Les Democratic Design Days sont un langage, un outil pour parvenir à toucher une population qui a peut-être moins d’argent mais qui a envie comme n’importe qui de vivre dans un intérieur agréable et qui lui ressemble», explique Evamaria Rönnergard, design manager chez Ikea depuis vingt ans. Elle pense notamment à l’Afrique, où Ikea possède un magasin au Caire et un autre à Casablanca. Deux enseignes pour tout un continent. Voilà qui donne forcément au suédois des envies d’expansion. Sauf que le pouvoir d’achat en Egypte n’est pas le même qu’en Suisse. «Depuis septante-cinq ans, notre volonté a toujours été de rendre le design accessible à tous», assure Evamaria Rönnergard.

Nouveaux publics

Meubler le monde, une ambition qui passe aussi par une nouvelle manière d’envisager la création. «Nous sommes très à l’écoute des consommateurs. Il est important pour nous de toucher de nouvelles communautés. C’est le cas des gamers: un groupe au potentiel extrêmement élevé mais auquel nous ne nous sommes jamais vraiment intéressés et pour qui nous allons imaginer le siège de jeu le plus ergonomique possible.»

Reste aussi à conquérir un autre public, beaucoup plus redoutable: celui des amateurs de design pour qui une bibliothèque Billy représente le sommet du blues, plaquée contre les murs du salon. Depuis quelques années, Ikea multiplie ainsi les collaborations avec des designers connus. La collection s’intitulait PS (pour Post-Scriptum), mais ne mettait pas forcément en avant ces créateurs pointus. En 2018, changement de politique. Ikea a décidé de profiter de ces signatures qui font le buzz sur les blogs de décoration et déclenche des émeutes dans les design weeks de Londres, Paris et Milan.

Casting branché

Piet Hein Eek et Tom Dixon ont ainsi créé des collections entières, tandis que le duo Scholten & Baijings redonnait des couleurs à quelques grands classiques de la marque suédoise. En 2019, ce sera au tour de la méga-star Virgil Abloh, directeur artistique de Louis Vuitton Homme, fondateur avec Kanye West du label de mode Off-White et architecte de formation, de s’y atteler.

Pour l'enseigne suédoise, l’Américain que tout le monde s’arrache a imaginé des sacs et des tapis bardés de ses habituels logos qui n’en sont pas vraiment et une chaise dont l’un des pieds chausse une petite cale rouge. Le mini-détail mais qui fait toute la différence. «Nous devons rester aussi attentifs, rapides et curieux que nos clients, qui sont très au courant de ce qui passe dans le domaine du design. Mais pour nous, le plus intéressant n’est pas de décrocher à tout prix une célébrité, c’est de pouvoir partager nos savoir-faire, insiste Evamaria Rönnergard. Avec Piet Hein Eek par exemple, le défi était de pouvoir produire des objets faits main à une échelle industrielle.»

Tournesol lumineux

Prochainement, ce sera au tour d’Olafur Eliasson de collaborer avec Ikea. L’artiste contemporain et architecte reproduit dans les musées ou au cœur des villes des phénomènes naturels comme un lever de soleil ou des chutes d’eau. Depuis six ans, le Danois s’occupe aussi de Little Sun. Soutenue par l’ONU et la Banque mondiale, l’ONG qu’il a fondée nourrit l’ambition d’amener la lumière à ceux qui n’en ont pas. Comment? Grâce à un tournesol en plastique équipé d’une ampoule LED qui se charge au moyen d’une cellule solaire et peut éclairer pendant cinquante heures.

«Nous n’en sommes qu’aux premières discussions, explique l’artiste pour qui l’intérêt d’un géant comme Ikea représente forcément une aubaine. Nous, qui sommes une toute petite compagnie, nous allons pouvoir profiter des compétences d’une entreprise internationale. Aujourd’hui, un peu plus d’un milliard de personnes n’ont aucun accès à l’énergie. Ce genre de projet doit pouvoir aider à changer les choses», poursuit l’artiste qui considère Little Sun au même titre que ses autres œuvres d’art. «Mon travail artistique cherche à rendre compréhensible des notions abstraites à travers l’émotion. Cette petite lampe a été créée dans le même esprit. Comme pour mes autres pièces, elle pose cette simple question: qu’est-ce que cela signifie d’être une personne responsable dans le monde aujourd’hui? La seule différence, c’est qu’elle ne se trouve ni dans un musée, ni dans une galerie et qu’au niveau de son prix, elle est accessible à tout le monde.»

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