Dans un monde devenu une sorte de village global, posséder une montre ayant la faculté d’afficher les heures de différents endroits du globe au cadran est aujourd’hui un luxe devenu utile. Les outils de communication modernes les imposent presque naturellement aux cadres de multinationales comme à tous ceux dont les missions les appellent aux quatre coins de la planète.

Ces références remplacent les murs couverts d’horloges que l’on trouve encore dans certains aéroports à la décoration vieillissante ou dans quelques grands hôtels de villes émergentes. La puissance d’évocation de cet élément de décor longtemps utilisé pour dire le caractère international du lieu ou sa puissance universelle est aujourd’hui transposée dans la montre. Cependant, la perception de cette puissance, tant sociale qu’économique, n’est pas la même selon qu’un amateur choisit une pièce mécanique dotée d’une fonction GMT, une référence affichant les Heures du monde, ou une merveille mécanique emportant la trop rare complication d’Heure universelle.

Avoir le voyage sur la peau

La montre GMT est, des trois fonctions dédiées au voyage, sans doute la plus récemment mise au point (vers 1954), mais aussi la plus populaire. Directement utile aux voyageurs se rendant ponctuellement dans un pays, elle est facile à comprendre, aisée à lire et à interpréter pour qui souhaite supporter au mieux les effets du jet lag, rester en contact avec ses collègues de bureau ou sa famille. Le caractère pratique et facile d’emploi de cette fonction, associé à l’augmentation croissante des voyageurs dans les aéroports, justifie de la retrouver dans des montres de sport à petit prix ainsi qu’au sein de références de haute horlogerie comme la nouvelle version de la Greubel Forsey GMT, présentée cette année. Mais ce n’est pas un cas isolé et on retrouve encore parfois cette fonction utile mise en avant de façon originale, comme c’est le cas pour l’accessible Mido Multifort, lancée à l’occasion du 80e anniversaire de la collection, aussi bien au cœur de l’ultra-fin et ultra-chic chronographe Altiplano de Piaget que de celui de la montre Saxonia Dual Time de la manufacture saxonne A. Lange & Söhne.

Hiérarchiser par fonctions

La fonction GMT est aujourd’hui presque incontournable. Cependant, son usage est limité, car elle permet seulement la lecture d’une seule heure en plus de l’heure locale. Or, selon son activité professionnelle, il arrive qu’il soit nécessaire de disposer d’un moyen rapide de connaître l’heure en différents points du globe en simultané. Pour offrir une certaine omniprésence aux cadres travaillant sur plusieurs fuseaux horaires depuis leur bureau, les horlogers ont créé, dans le courant des années 30, les premières montres proposant, en plus de l’heure locale au cadran, la lecture des 24 fuseaux horaires. Ce type de garde-temps que l’on appelle en langage horloger les montres «Heures du monde» et en anglais «Time Zone» voit sa production se généraliser, car il existe à son égard une vraie demande. Leur esthétique souvent flatteuse, travaillée comme une véritable incitation au voyage, est le premier argument qui entraîne l’achat. Le second concerne la fonction permettant d’un coup d’œil de savoir l’heure qu’il est partout dans le monde. Cette fonctionnalité s’exprime, selon les marques, de différentes façons. Plus festive grâce à un savant mélange de sept couleurs, la magnifique montre de voyage Escale Time Zone proposée par Louis Vuitton invite à l’échappée belle. On retrouve aussi cette fonction au cadran de la maintenant célèbre référence Worldtimer de Frédérique Constant qui, pilotée par un calibre de manufacture, est proposée, cette année, en version Navy Blue.

Cette dénomination de «Worldtimer» pourrait toutefois entraîner des erreurs d’interprétation dans l’esprit d’un public non averti. En effet seules les montres dotées d’une complication spécifique sont à même de porter le terme d’«Heures universelles» traduit en anglais par «Worldtime» (lire encadré ci-dessus). Parmi les références récemment présentées qui offrent cette complication, on retient les montres World Time Moon 5575 et 7175 (version féminine) proposées par Patek Philippe pour son 175e anniversaire. Extrapolation de la mythique référence 5130 WorldTime de la maison familiale qui a fait la renommée de cette complication à travers le monde, elles offrent cette fonction avec en sus un magnifique affichage des phases de lune. On retiendra également l’atypique montre Escale Worldtime de Louis Vuitton, inspirée de son modèle de l’an passé et développée cette année avec une répétition minute qui sonne l’heure de son lieu d’origine. Par chance pour les amateurs du genre, il faut souligner la très accessible Montblanc Heritage Spirit Orbis Terrarum dont le cadran offre un affichage très original qui, par le truchement d’une carte du monde évoluant au fil des heures, permet de savoir par rapport à l’heure locale quelles sont les parties du monde éclairées et celles plongées dans la nuit.

Qu’est-ce qu’une montre World time?

Le terme horloger «Worldtime» employé pour désigner une ­complication d’Heure universelle mise au point dans les années 30 par Louis Cottier – un horloger genevois indépendant – a été souvent littéralement et malencontreusement traduite par «Heures du monde», entraînant du même coup une erreur d’interprétation dans l’esprit du public. Cette erreur est d’autant plus facile à faire qu’il existe une vraie proximité visuelle entre les montres dites à «Heures du monde» (manipulation ­complexe par la couronne de remontoir pour changer d’heure locale et la caler avec les heures du monde) et celles qui sont équipées d’une complication d’«Heure universelle» (manipulation automatisée par le biais d’une complication interne).

On retiendra pour faire simple qu’aujourd’hui la dénomination «Worldtime» s’applique, à l’exclusion de toute autre montre, à celles dont l’aiguille des heures présente au cadran principal peut être automatiquement et instantanément ajustée à l’aide d’un poussoir ou d’une couronne, pour afficher l’heure du fuseau sélectionné parmi les 12 ou les 24 disponibles. L’indication des fuseaux doit s’ajuster automatiquement et simultanément au changement d’heure locale afin de faire correspondre celle retenue avec celles du monde lisibles sur l’anneau portant les 24 heures divisées en périodes diurne et nocturne.