Prototype

Infiniti, la marque qui se raconte des histoires

Pour tenter de s’ancrer dans le passé et s’inventer un storytelling, la marque de luxe japonaise présente un roadster vintage qui semble surgir des années 1940, le Prototype 9. Une flèche d’argent, oui, mais électrique

Les marques de luxe de Nissan ou Toyota souffrent toujours d’un manque de notoriété par rapport à leurs concurrentes européennes, Mercedes et BWM en tête. Elles sont encore relativement récentes: 1989 pour Infiniti et Lexus. Elles sont surtout au déficit d’un style qui s’est longtemps cherché et a souvent déçu, en particulier en Europe.

La nomination de l’Américain d’origine cubaine Alfonso Albaisa comme responsable du design d’Infiniti a renforcé l’attrait de la marque grâce à plusieurs modèles récents à succès. Désormais chef du design du groupe Nissan, Albaisa a personnellement supervisé un curieux prototype présenté le mois dernier au concours d’élégance de Pebble Beach, en Californie du Nord.

Fait main

Le Prototype 9 est un roadster monoplace qui surgit des années 1940, multipliant les références aux voitures de course de cette époque, mais aussi à l’aviation tendance streamline. Façonné à la main, le bolide est en acier, châssis comme carrosserie. Seul le cockpit comporte des pièces d’une autre trempe: l’aluminium bouchonné.

Dans le même temps, le Prototype 9 incorpore les caractéristiques stylistiques des Infiniti contemporaines, comme l’immense grille frontale en double arche, de fines lamelles latérales, le capot au pli central, les lignes tendues qui s’élancent d’une extrémité à l’autre du roadster.

Comme nous sommes en 2017, et que l’avenir s’annonce sombre pour le moteur à explosion, le Prototype 9 est animé par la prochaine génération de propulsion électrique de Nissan, celle qui équipera la remplaçante de la Leaf. La puissance de ce nouveau groupe moteur-batterie lithium-ion est de 120 kW (148 ch), pour un couple de 320 Nm et une vitesse de pointe de 170 km/h.

Exercice de style

Pas de quoi impressionner les Flèches d’argent que Mercedes mettait à l’époque sur la piste. L’intéressant ici, au-delà des roues de 19'' (pouces) à rayon, est la manière dont Infiniti tente de se mettre elle-même en récit, comme dans toute stratégie vintage. La marque de luxe invente un storytelling qui remonte aux années 1940, alors qu’elle n’a même pas trente ans d’ancienneté. Elle essaie de se donner une légitimité, une histoire, un style qui serait fondé sur des acquis plutôt que sur rien. Ou sur d’incessants changements de design, au gré des salons automobiles.

Le Prototype 9 est parti sur une uchronie, un récit du passé qui n’existe pas: «Imaginez que, par chance, on découvre une voiture inconnue, abandonnée depuis des décennies dans une vieille grange au fin fond de la campagne japonaise. Nous voulions voir à quoi elle aurait pu ressembler, comment elle aurait pu être fabriquée…», s’enflamme Alfonso Albaisa.

Si le bolide révèle le vrai problème d’Infiniti et consorts, le roadster est aussi sculptural que racé. Un bel exercice de style, pour le geste, sans passé ni lendemain.

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