La petite cuisine… de Darius Rochebin

«J’ai développé ma culture culinaire assez tard»

Des plats de son enfance à ses goûts d’aujourd’hui: chaque mois, une personnalité romande se met à table

Il est l’indétrônable présentateur du «19h30» depuis vingt ans, LA référence cathodique dans notre paysage audiovisuel. A sa qualité de journaliste accompli Darius Rochebin ajoute celle de gastronome aguerri. Sur un coin de bureau avant un JT ou sur une nappe blanche, il attache de l’importance à ce qu’il mange. Une hygiène de vie exemplaire pour ce marathonien légèrement hypocondriaque de l’information qui affectionne le bon goût et porte une attention toute particulière à la qualité et à la fraîcheur des aliments qu’il ingère. Mais qu’est-ce qui fait vibrer le pape du journal télévisé romand, gastronomiquement parlant?

D’origine iranienne, il raconte ses souvenirs de réunions familiales avec des plats fortement inspirés de la tradition persane. «J’avais des tantes qui commençaient à cuisiner à 4h du matin. J’en garde des moments absolument délicieux.» Mais c’est avec sa mère que naissent ses premiers émois culinaires. «Et pourtant elle était assez mauvaise cuisinière, admet-il avec un sourire nostalgique. Elle possédait de grandes qualités mais malheureusement la cuisine n’en faisait pas partie.» Du coup, ce sont les plats roboratifs du frichti helvétique – riz nappé de fromage ou gratin de pâtes au gruyère – qui ont alimenté son enfance. «Ce qui fait que j’ai développé une culture gastronomique assez tardive.»

Méfiance du cru

Fervent adepte du «dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es», sa passion pour la cuisine entretient un lien étroit avec sa santé. Discipliné, exigeant avec lui-même, il lui arrive de se sustenter, au bureau, de simples feuilles d’épinards, plante potagère à haute valeur de nutriments essentiels. «Par-dessus tout, je déteste mal manger. Il faut que cela soit bon.» Son frémissement, son plaisir? Une poire juteuse, une figue bien mûre avec un morceau de fromage ou des fruits rouges accompagnés de fromage blanc. Méfiant à l’égard de tout ce qui est cru, il avoue se damner pour des légumes cuits minute, accompagnés d’un filet de loup de la première marée.

En cuisine, Darius Rochebin n’est pas sensible aux présentations tape à l’œil, aux gadgets à la mode. Pour lui le maître mot d’un repas réussi demeure la qualité. «La nourriture appartient au cycle de la vie. Le produit ne trompe pas.» Rester des heures à table? «Pas forcément.» Les amuse-bouches et la cuisine trop sophistiquée l’ennuient. Plutôt qu’une une verrine colorée, il préfère attaquer une salade fraîchement cueillie. Dans tous les cas, les vrais cuisiniers passionnés le touchent. «On sent tout de suite si un plat a été élaboré avec amour ou pas, si le chef s’est investi comme si nous étions invités chez lui. Il faut de l’âme dans la cuisine.»

Sur son plateau, Darius Rochebin reçoit chefs d’Etat, patrons d’entreprise et acteurs avec la même élégance flegmatique. Des anecdotes sur des moments gourmands passés en leur compagnie? Il y en a beaucoup: «J’ai un souvenir très marquant de Jacques Vergès qui aimait la cuisine très épicée accompagnée de très bons vins. On voyait toute de suite qu’il était un bon vivant et qu’il appréciait de s’attarder à table.» Et puis ce magnifique dîner avec Jean d’Ormesson. «Il a des manières d’un autre siècle. On ne se jette pas sur la nourriture et on prend le temps de deviser avant le premier coup de fourchette.» Des qualités qui n’existent plus.

Le goût de la ratatouille

Pour ses choix de restaurants, Darius Rochebin l’avoue, il consulte Trip Advisor. «Je trouve le concept convaincant; en lisant une dizaine d’avis, même si l’on sait que certains ne tiennent pas la route, il est facile d’avoir une bonne indication de ce que vaut un établissement.» Les guides ne l’intéressent pas vraiment, un comble pour celui qui a commencé sa carrière comme journaliste culinaire. «Bien que respectable, le critique donne un jugement personnel. En finalité c’est son goût qui prévaut.»

Avec le temps, le présentateur du JT a découvert le charme de la cuisine aigre-douce et «la savoureuse alliance du sucré-salé». Amateur de simplicité, il se relèverait la nuit pour une parfaite ratatouille. «Ce plat peut se déguster chaud, tiède ou froid. Bien préparé, c’est un condensé de saveurs incroyables.»

Ultime question, fatidique: «Quel serait votre repas, si c’était le dernier?» Le journaliste hésite. Il commencerait par une salade, parfaitement assaisonnée, augmentée de quelques langoustines. Et pour la suite? «Une côte de bœuf et une omelette baveuse à la truffe blanche.» Chassez la gourmandise…


A consulter: Le blog culinaire d’Edouard Amoiel, www.crazy-4-food.com

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