Ma montre et moi

«J’aime les objets qui racontent une histoire»

Femme de lettres, Yasmine Char nous raconte sa montre bijou, entre deux saisons théâtrales

«Quand j’ai poussé la porte de la boutique Cartier de Genève, je me suis dit: «Attends, tu ne vas quand même pas t’offrir un bijou.» Je suis Orientale, issue d’une culture où ce sont les hommes qui offrent des cadeaux. M’offrir cette montre Tank de Cartier était un acte symbolique, féministe. Cela signifiait: je n’ai pas besoin d’un homme, je peux m’accomplir, une forme de sérénité absolue.» Ainsi s’exprime l’écrivaine et directrice du Théâtre de l’Octogone, Yasmine Char, en se remémorant cet achat décidé au moment où elle touche le premier gros cachet de son éditeur, à la suite du succès de son roman La Main de Dieu.

«J’ai quatre frères. J’ai grandi entourée des garçons, je ne suis donc pas du tout dentelles et petits accessoires. J’aime les gros bijoux. J’ai voulu cette montre parce qu’elle correspond à mon caractère. Et aussi parce que j’apprécie Cartier. Dans mon imaginaire, cette marque est liée à une manière de vivre, une élégance. Je pense à Gatsby le Magnifique et j’aime les objets qui racontent une histoire.» Celle de la montre Tank est chargée. La légende veut que le premier prototype de ce modèle, inspiré par les chars d’assaut de la Première Guerre mondiale, ait été offert au général Pershing du corps expéditionnaire américain en 1917. Elle sera commercialisée après la guerre puis portée par Clark Gable, Warren Beatty, Cary Grant, Gary Cooper et, dans ses versions féminines, par Jackie Kennedy ou Catherine Deneuve…

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Libanaise, arrivée en Suisse dans les années 90, Yasmine Char est femme de tête et femme de lettres. Depuis 2010, elle dirige le Théâtre de l’Octogone qui célèbre à la rentrée ses 40 ans d’existence. Mariée, mère de deux grands enfants, Yasmine Char appréhende le temps avec philosophie: «J’ai la chance d’avoir des passions. Je me fiche du temps qui passe. Je trouve que la vie est un cycle harmonieux: on apprend progressivement à se détacher en cheminant vers la mort.»

Très structurée, cette quinquagénaire est dans son théâtre tous les jours de 9 heures à 17 heures, et devant son ordinateur presque chaque soir de la semaine et un jour de week-end. Une discipline, un sacerdoce, mais surtout un plaisir. «C’est vrai que j’ai une vie sociale relativement réduite. Souvent, je sors avec mon mari et je reste une heure avant de rentrer pour écrire. Mais je pense fondamentalement qu’on doit faire des choix.» Parfois quand même, celle qui se qualifie elle-même de «gourmande de la vie» avoue vouloir «doubler les journées ou alors avoir le pouvoir d’arrêter le temps pour un moment».

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