S’il fallait résumer James Bond en trois traits de caractère? On dirait un goût pour les cocktails vintage, un humour de macho balourd qui fait mouche et un amour immodéré pour les voitures musclées, bardées de gadgets. Un violon d’Ingres devenu avec le temps le dada favori du merchandising et du placement de produit. C’est au constructeur qui mettra le plus au pot pour voir ses modèles massacrés par l’espion de Sa Majesté.

Car oui, toutes belles et sophistiquées qu’elles sont, les autos chez James Bond franchissent rarement en un seul morceau la ligne du générique. L’une d’entre elles va davantage que les autres participer à la mythologie de son propriétaire. Cabriolet bodybuildé et élégant, l’Aston Martin DB5 débarque dans Goldfinger en 1964. Il remplace la Bentley Mark IV de 1939 de Bons Baisers de Russie, oldtimer classe mais qui manque de charisme et souffre d’un design un brin désuet. La DB5 va ainsi traverser toute la filmographie bondienne. Sa carrière s’achevant en 2011 dans Skyfall, l’épisode des remises en question et des tiraillements intérieurs, la carrosserie transformée en passoire.

 Mais l’agent 007 s’est parfois aussi assis au volant de quelques brêles – la fameuse 2CV jaune de Rien que pour vos yeux – et de véhicules fantasmatiques qui vont marquer durablement les cinéphiles. C’est le cas de la Lotus Esprit de L’Espion qui m’aimait, bolide tout blanc au profil de squale qui se transformait en sous-marin de poche. Et puis l’invention routière a fini par s’essouffler. En 2008, Pierce Brosnan planqué sur la banquette arrière de sa BMW pilotait encore l’engin depuis l’écran de son smartphone.

Mais avec l’avènement de la période Daniel Craig, l’idée de la bagnole à tout faire a cédé sa place à la pure stratégie de concessionnaire. Aston Martin prête systématiquement ses derniers modèles à l’espion britannique. Dans Spectre, la marque anglaise super haut de gamme présente son spectaculaire modèle DB10. En termes de design c’est sans doute splendide, mais le charme n’opère plus.