Ma montre et moi

Jérôme Burgert, cofondateur de la marque Serica: «Je réalise un rêve de gosse»

Le cofondateur de la toute nouvelle marque de montres Serica raconte le rapport qu’il entretient avec sa montre et avec son temps

C’est une région que les Grecs et les Romains avaient baptisée Serica. Au XVe siècle, les cartes marines la dessinent, coin perdu au bout du bout de l’Extrême-Orient. La bibliothèque nationale autrichienne de Vienne possède l’un de ces portulans. Devant lui, le Français Jérôme Burgert a eu comme une révélation. «Avec mes partenaires, nous cherchions un nom de marque pour notre montre, mais nous tournions toujours autour des mêmes thèmes, explique ce mordu d’horlogerie qui a décidé l’an dernier, à Paris, de lancer son propre label avec trois amis. La sonorité et la graphie de Serica m’ont tout de suite plu. Et puis cela évoque des valeurs que nous défendons: celles de belles pièces mécaniques prêtes à nous suivre aux confins du monde.»

Rédacteur en chef d’une revue numérique consacrée aux montres, Jérôme Burgert n’est pas du métier. «J’ai longtemps travaillé dans l’hôtellerie puis dans la photographie, tout en continuant à cultiver cette passion pour l’horlogerie, qui remonte à l’enfance. Le temps prend beaucoup d’importance dans ma vie. J’ai grandi avec un père bouddhiste et j’ai beaucoup pratiqué les arts martiaux. Etre «ici et maintenant» est donc une notion sur laquelle j’ai été amené à réfléchir très tôt. Contempler la course fluide d’une grande seconde est toujours pour moi un excellent moyen de ne pas oublier que seul existe l’instant présent et qu’il faut le vivre pleinement. Avec Serica, c’est un rêve de gosse qui se réalise.»

Robuste et chic

Un rêve qui s’est nourri des heures passées à détailler sous toutes les coutures les gardiens du temps. «J’ai observé des milliers de montres, de toutes les sortes, de toutes les époques. En horlogerie, un design est extrêmement fragile. L’œil découvre un ensemble puis parcourt un cadran, une couronne, des aiguilles et des index. Il faut comprendre que c’est l’équilibre précaire entre les différentes pièces qui fait que la magie opère, ou non. Nous avons donc voulu créer un nouveau modèle en jouant avec les codes classiques de l’horlogerie que nous aimions. Nous l’avons désiré robuste, à l’aise aussi bien sur la plage qu’en smoking et vendu à un prix qui ne vous donne pas des sueurs lorsque vous le laissez quelques heures, seul, dans une chambre d’hôtel.»

Retrouvez  tous nos articles consacrés à l’horlogerie

Animée par un mouvement automatique helvétique, la Serica W.W.W. (pour Wrist. Watch. Waterproof) est vendue 580 euros. «En Suisse, c’est plutôt le prix d’un bracelet à boucle déployante. Mais à Paris, 600 euros représentent pour beaucoup un loyer. On voulait montrer qu’il était malgré tout possible de rendre accessible une daily watch élégante et de qualité», continue Jérôme Burgert, qui arbore depuis plusieurs mois son prototype au poignet.

Leçons du passé

Les premiers clients convaincus ont ainsi pu passer commande. Dans le courant du mois de septembre, ils recevront cet objet au look typique vintage très à la mode en ce moment. «C’est vrai, elle rappelle certaines montres militaires, notamment les anglaises des années 1940-1950. Mais ce n’était pas le but recherché. Il se trouve simplement que si vous voulez créer une montre lisible il faut un cadran contrasté avec des aiguilles fortes et une matière luminescente pour lire l’heure dans l’obscurité. Tout cela, les horlogers d’il y a 60 ou 70 ans l’avaient déjà trouvé. Leurs solutions sont encore valables aujourd’hui, alors pourquoi en changer?»

Mais l’autre particularité de Serica, c’est que, contrairement à toutes les marques, son nom n’apparaît nulle part sur le cadran. «Parce que nous souhaitons inciter les gens à acheter un design, des finitions et des proportions et pas seulement un nom. A force de la manipuler et de l’observer dans tous les sens, si la montre plaît, ils verront bien que le mot «Serica» est gravé sur le fond de boîte. Ne pas l’afficher directement est un pari audacieux, mais nous avions très envie de le tenter.»

Lire aussi:  Yasmine Char «J’aime les objets qui racontent une histoire"

Site de  Serica Watches

Publicité