Elle a défait ses jambières de bronze. Schlonk, schlonk, ont fait ses pantalons métalliques en chérant. Puis elle a remisé ces désirs de drame que semblaient appeler ses jupes-boules qui l'isolaient du monde, ses manteaux trapèzes basculés vers l'arrière, bye bye le théâtre de la sophistication, bonjour l'énergie de la rue.

Cette métamorphose à l'envers de Kafka, cette déchitinisation ont eu lieu chez Balenciaga - on n'y était pas, mais on a regardé sur le Net. Balenciaga, c'est la maison dirigée par Nicolas Ghesquière, l'homme qui avait, justement, relancé les silhouettes compliquées. L'autre jour, coup de théâtre. Ghesquière lance un cortège de top-models dont la dégaine rappelle celle des jeunes filles qui se composent, d'instinct, un look à elles, mixant les influences afro-britanniques, les références sexuées (maxi-haut-talons, paletots masculins de velours aux patrons sur-cintrés), les insignes culturels (signes chinois matchés aux chéchias). Sur des jodhpures précieux, passent des sandales aux couleurs d'un arc-en-ciel de cartoon.

Nicolas Ghesquière a-t-il voulu donner de la hauteur à ces sites Internet où des millions de gens nés entre Taïwan, New York et LeCap photographient leurs looks? Ces sites, en tout cas, sont en train d'engendrer une nouvelle esthétique vestimentaire. L'un des plus fameux, conçu comme une banque de données de la singularité planétaire, est d'ailleurs tenu par le Vaudois de Paris Yvan Rodic*. C'est comme si, sur ce stimulant boxon de l'allure mondialisée, Balenciaga avait voulu ajouter ce qu'il a d'unique: cette élégance sans effort qu'on avait tant aimée, au début des années2000. Une dégaine d'une richesse rare, aussitôt vue aussitôt copiée, on parie.

A l'inverse, la plupart des marques défilant à Paris continuent de surenchérir au poker de la sophistication. Chez Christian Dior, l'ex-agitateur John Galliano travaille une élégance couture qui part du New Look maison, circa les années 1950, pour atterrir automne 2007 via le Japon. Tout autre que lui se serait noyé dans ces manteaux de cuir rubis aux manches gonflées par les fourrures boules, dans ces capes moutarde enchâssées par les renards hollywoodiens. Pas lui, qui sait faire soupirer puis s'évanouir un pan de satin duchesse.

Dans la même veine théâtrale, Viktor & Rolf a mis en scène des mannequins portant tout un barda de projecteurs dirigés sur leur personne (message: chaque individu, chaque look est un théâtre à lui tout seul). Jean Paul Gaultier retravaille des trenches en les mariant à une Ecosse de folklore et de jupes comme montées sur cage. Hussein Chalayan a envoyé sur une scène, occupée par un énorme réacteur réfrigérant, de sublimes manteaux noirs et rouges, structurés comme des armures anti-froid, anti-vulgarité, anti-tout. Cependant que partout, absolument partout, circulent des mannequins ceinturés de large, portant ici des obis de cuir SM, là des corsets de motard en satin, contre quelle menace, contre quel danger, grand dieux?

* http://facehunter.blogspot.com/

Et lundi? Eh bien, lundi, rendez-vous chez Céline, Coco, Chloé, Stella et leurs copines superjalouses.