Joaillerie

Julianne Moore, joaillière responsable

En collaboration avec Chopard, l’actrice américaine a imaginé un bijou d’exception avec une pierre extraite de façon éthique. Un processus créatif qu’elle a suivi de Genève au Festival de Cannes

Festival de Cannes, mai 2018, deuxième jour de la compétition. «Julianne, Julianne!» hurle une foule compacte. Devant le tapis rouge, les flashs crépitent, aveuglants. Au prix de leur voix et de quelques bousculades, les photographes immortalisent la silhouette longiligne de Julianne Moore, venue assister à la présentation de Yomeddine, du jeune réalisateur égyptien A.B. Shawky. L’actrice américaine arbore une élégante robe colonne noire Saint Laurent et, autour du cou, un collier serti de diamants et orné d’une spectaculaire tourmaline Paraïba de 34 carats. Une création que Julianne Moore a elle-même imaginée avec la complicité de Caroline Scheufele, coprésidente et directrice artistique de Chopard. Le temps de la montée des marches, la gemme galvanise les regards de sa couleur bleu-vert néon, mais l’essentiel restera invisible: cette tourmaline a été extraite de manière responsable dans une mine de la région de Mavuco-Chalaua au Mozambique.

Pour Chopard, l’information n’a rien d’anecdotique. Depuis le mois de juillet, le joaillier s’est engagé à n’utiliser que de l’or 100% éthique pour sa production de montres et de bijoux. Quant au collier de Julianne Moore, il s’inscrit dans la collection Green Carpet, une ligne de haute joaillerie lancée en 2013 pour favoriser les conditions d’un luxe durable. «Chaque année, j’ai pour objectif d’y ajouter une pierre de couleur. Après l’opale, l’émeraude et les diamants, c’est la première fois que nous utilisons une tourmaline Paraïba. J’en suis particulièrement ravie, car il s’agit d’une de mes pierres favorites», développe Caroline Scheufele.

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De la mine de Mavuco jusqu’aux ateliers Chopard à Genève, toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement de la tourmaline ont été examinées par Eco-Age, une société de consulting qui aide des marques aussi différentes que Gucci ou le stade de Wembley à améliorer leurs pratiques en matière de respect de l’environnement et des droits humains. Une approche rigoureuse qui a convaincu Julianne Moore d’entrer dans la danse.

Actrice responsable

Quelques semaines avant le Festival de Cannes, l’actrice oscarisée se trouve pour la première fois dans les ateliers de haute joaillerie de Chopard, à Genève, là où sont notamment façonnés les bijoux destinés au tapis rouge (71 pièces pour la cuvée 2018) ainsi que la Palme d’or. Discrète, curieuse, l’Américaine passe de table en table pour observer quelques-uns des 30 métiers regroupés au sein de la manufacture. Sculpture de maquette en cire, bureau 3D ou encore sertissage, chaque étape contribue à donner vie aux créations de Caroline Scheufele. Un monde composite et multiculturel où l’excellence de métiers joailliers ancestraux côtoie les technologies les plus avancées. En témoignent des boucles d’oreilles en forme d’orchidées qui n’auraient pas pu voir le jour sans une expertise en céramique développée dans le secteur de la recherche médicale. Ou encore cet étonnant collier en plumes chamarrées, un matériau inattendu en haute joaillerie.

Un nouveau défi technique réalisé en collaboration avec Nelly Saunier, artiste plumassière depuis plus de trente ans. «Nous avons tendance à oublier qu’avant de déambuler sur le tapis rouge, ces fabuleuses pièces de joaillerie passent entre les mains de dizaines de virtuoses. Les rencontrer et les regarder travailler m’a permis de mieux comprendre leur genèse», se réjouit Julianne Moore.

Promouvoir une vision claire et transparente de l’industrie du luxe: c’est précisément pour cette raison que l’actrice a accepté de se lancer dans la conception d’un bijou éthique avec Chopard. «Des gens comme Caroline ou Livia [Firth, la fondatrice d’Eco-Age, ndlr] m’ont fait prendre conscience des changements que l’on pouvait apporter à la société pour qu’elle devienne meilleure. En tant qu’actrice, j’ai la chance de pouvoir porter ce que je veux. En choisissant un bijou réalisé de façon éthique, cela me permet d’ouvrir une discussion sur le sujet», développe Julianne Moore, qui précise que son engagement n’a rien d’une posture de star hollywoodienne. «Je suis avant tout une citoyenne. Mon avis n’a pas plus d’importance que celui de quelqu’un d’autre, bien que des événements comme le Festival de Cannes m’offrent une visibilité inédite, et donc une meilleure chance d’influencer le comportement des autres.»

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Effet boule de neige

Assise à ses côtés, Caroline Scheufele abonde: «Nous n’avons pas commencé notre chemin vers le luxe durable pour des raisons marketing mais pour notre conscience. Chopard se définit par le luxe véritable, et aujourd’hui cela signifie connaître l’origine de nos bijoux. On ne peut plus seulement user et abuser de notre planète, il faut agir. Notre but n’est pas de faire la morale à qui que ce soit, mais nous espérons que notre démarche aura bientôt un effet boule de neige. En ce sens, Cannes offre une plateforme de communication exceptionnelle. Les actrices et acteurs sont observés et suivis par des millions de gens. En une seule seconde, leur voix peut se diffuser dans le monde entier.»

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