Portrait

Julien Scavini, le plus médiatique des tailleurs

Blogueur, chroniqueur au Figaro magazine et membre du jury de Cousu main sur M6, le Parisien d’adoption démocratise la couture

Noeud papillon, élégant complet veston, teint frais et sourire franc, Julien Scavini a tout du gendre parfait. Une petite touche de gaieté dans le regard qui le rend sympathique sur-le-champ. A 30 ans, c’est sans doute le tailleur le plus connu de l’Hexagone, grâce à sa participation à Cousu main sur M6 (dont la 3e saison sera diffusée ces prochaines semaines) à ses chroniques dans le Figaro magazine et à son blog de conseils vestimentaires pour homme qu’il tient depuis 2009. Il l’illustre de ses propres dessins. Son style vestimentaire? «Le vieux sud américain. J’aime être élégant, mais aussi dans l’air du temps.»

Débuts difficiles

Sa vie, le jeune homme la gagne grâce à la boutique qu’il a ouverte en 2012, 70 mètres carrés dans le 7e arrondissement de Paris. «La première année a été très dure. J’ai acheté ce local aux enchères 30 000 euros. Toutes mes économies. Je n’avais plus un sou. Mon père qui m’a aidé pour les transformations». Heureusement, les affaires ont décollé deux ans plus tard. Julien Scavini propose de la demi-mesure. Dans le couloir qui relie l’avant à l’arrière de l’échoppe, une vingtaine de costumes permettent au client de trouver pantalon et veste de la bonne taille. Ce dernier peut également sélectionner le tissu et la doublure.

Les mesures de correction – plus de bassin, moins d’épaule – sont envoyées dans une usine en Roumanie ou en Italie. Quelle différence? «Les costumes roumains coûtent environ 1000 euros, ils sont plus ajustés. Les italiens coûtent 1600 euros, sont plus amples donc plus confortables.» Frustrant la demi-mesure? «Pas du tout. Il faut être honnête, cela rapporte, à condition d’avoir des vendeurs qualifiés. J’ai lancé un site de vente en ligne. Il y a un train à prendre sur Internet.»


Seul dans la cour de récré

Né à Biarritz, d’un père ingénieur et d’une mère femme au foyer, Julien s’est toujours senti «un peu à part». «Quand j’étais petit, je tannais ma mère pour qu’elle m’achète des mocassins à glands.» De quoi se faire remarquer, dans une école publique, au coeur du pays basque. «J’étais seul dans la cour de récréation, mais bien dans ma tête.»

En 2003, son bac en poche, il part étudier l’architecture à Paris. Cinq ans plus tard, il est architecte DPLG (diplômé par le gouvernement). On est en 2008: la crise vient d’éclater et les débouchés sont inexistants. Après toutes ces années d’étude, le jeune homme n’a plus envie de réfléchir. «Je voulais exercer un métier manuel. J’ai trouvé un petit travail chez un tailleur, André Guilson, qui avait créé l’AFT, une école de tailleur.» L’architecte y suit une année de cours, puis se lance dans un CAP (Certificat d’aptitude professionnelle) de couture. «Si on veut être un vrai tailleur à la main, c’est dix ans d’apprentissage, en montant tous les échelons. Moi, je suis apiéceur: j’assemble les pièces, je couds dans mon coin. Je ne suis pas coupeur.» Il lui arrive tout de même de faire des manteaux, de a à z, mais uniquement pour les clients «très sympas» pour lesquels il se «plie en 4.»

Gérer les clients pénibles

Les clients justement, Julien Scavini a appris à les gérer. «10% sont de vrais casse-c… Il faut être très ferme. Vous donnez la main, ils vous prennent le bras. Certains veulent tout pour rien et pensent qu’on est des magiciens. Honnêtement, je fais au mieux pour rendre mon client le plus beau possible.» Avec l’expérience, il avoue être devenu «très vif et direct.» Son truc pour ne pas perdre son sang-froid? «Dans ma tête, je les maudis sur quatre générations et le soir, je prends un bain.» Ceux qui sont particulièrement pénibles ont le droit à un traitement de faveur. «On fait traîner leur costume, pour qu’ils ne reviennent plus. Un truc de tailleur…»

En 2014, deux ans après l’ouverture de sa boutique, la notoriété frappe à sa porte. «Une grande dame tout en Hermès, avec une étole en cachemire, est venue me trouver. Je l’ai installée au milieu des tissus.» C’est la directrice adjointe de la rédaction du Figaro. «Le directeur général avait découvert mon blog et il le trouvait formidable. Elle m’a proposé des chroniques pour le Figaro magazine

Juré sur M6

Quelques semaines auparavant, il vient d’achever le tournage de la première saison de Cousu main sur M6 – qui ne sera diffusé qu’en septembre 2014 – une émission de téléréalité dans laquelle s’affrontent alors dix candidats pour le titre de meilleur couturier amateur de France. «Une maison de production avait contacté l’école d’André Guilson, qui avait mes coordonnées: ils cherchaient un jeune tailleur. J’ai appelé, participé à un casting à Boulogne et j’ai été retenu.» Deux semaines de tournage lui permettent de sortir de son quotidien.

«L’ambiance est bonne. Personne ne hurle sur les cadreurs. Je suis chouchouté par la production. On gère même les téléphones portables des candidats.» Et Cristina Cordula? «Elle est la même qu’à l’écran: aimable et amicale. Mais a ses humeurs et ne retient pas les noms des candidats.» L’audience? «1,5 million de téléspectateurs pour la saison 2, en majorité des 25 à 35 ans qui se mettent à coudre. L’émission fait progresser la culture textile du public.» La télévision ne lui a cependant pas amené de clients. «Ce sont les femmes et les gens de province qui regardent l’émission. Mes clients sont cadres intermédiaires ou banquiers et ne regardent pas Cousu main, hélas…»


Profil

  • 1986: Naissance à Biarritz
  • 2008: Obtient son diplôme d’architecte DPLG (diplômé par le gouvernement)
  • 2009: Lancement du blog Stiff Colar. Commence sa formation de tailleur
  • 2012: Ouvre sa boutique dans le 7e arrondissement de Paris
  • 2014: Devient juré à l’émission Cousu main sur M6 et chroniqueur au Figaro magazine
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