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Jürg Lehni, artisan numérique

L’artiste zurichois puise dans la programmation, l’ingénierie et le graphisme pour concevoir des robots dessinateurs

Jürg Lehni n’a jamais su se définir. D’ailleurs, il n’aime pas s’enfermer dans une case, ni dans une pratique. Alors pour préciser son champ d’action, il vole une expression au monde agricole. «Mon travail de conception, de codage et de graphisme est très semblable à la rotation des cultures», explique-t-il. A la fois designer graphique et programmeur, le Zurichois de 40 ans est l’un des artistes contemporains les plus innovants. Une étiquette qui lui colle au front depuis son passage à l’ECAL en 2012. C’est dans le cadre de son projet de diplôme en communication visuelle à l’école d’art et de design de Lausanne que Jürg Lehni donne naissance à son premier robot: Hektor.

Hektor, Otto et Viktor

Doté d’un système à deux moteurs utilisant le spray, Hektor est une petite machine à dessiner. Le robot tagueur est guidé par un programme informatique qui lui permet de reproduire des motifs, à la grandeur souhaitée. Avec Hektor, Jürg Lehni séduit la crème de l’art contemporain. Le MoMA de San Francisco achète le petit robot en 2014, alors que Jürg Lehni fait la couverture du prestigieux magazine de design new-yorkais ID. Après Hektor viendront Otto et Viktor, qui utilisent le plâtre. Puis Rita, qui suit les vecteurs.

Jürg Lehni est un artiste protéiforme qui a toujours puisé dans son bagage d’ingénieur et de programmeur informatique pour le mettre au service de la création artistique. «Petit déjà, j’étais fasciné par les jeux vidéo. Je me suis mis à créer mon premier jeu. C’est par ce biais que j’ai découvert la scène démo.» Cette sous-culture informatique a pour but la création artistique sous forme de programmes informatiques. «J’avais accès aux ordinateurs, poursuit-il. Et à leurs capacités créatives. Cela m’a ouvert de nouveaux horizons. J’ai donc décidé de poursuivre ma formation dans une école d’art.»

La technologie comme un instrument

«On attend toujours d’un robot qu’il prenne des décisions sans intervention humaine. C’est tout le contraire de mon approche. Dans mes projets, l’interaction homme-machine est fondamentale, souligne Jürg Lehni. Je vois la technologie comme un outil, une matière première dont la fonction va dépendre de celui ou celle qui l’utilise.» Le mode opératoire du Zurichois est minutieux. «Je ne mélange jamais mes différentes casquettes. A moi de trouver l’équilibre entre la programmation, le graphisme et la création. Le processus de conception du robot reste le plus lent et le plus demandeur.» Il marque une pause, réfléchit et conclut. «Je suis un artisan numérique. Voilà ce qui me définit.»

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