Le Karloff, parce que Michael Frei, fondateur et propriétaire de la boutique consacrée à la vidéo, idolâtre Boris Karloff. L’acteur anglais a incarné la créature monstrueuse du film Frankenstein de 1931, pionnier du genre. L’esprit des lieux s’en inspire, sans le côté démoniaque du personnage cinématographique: «L’idée dès le début était d’amener quelque chose de nouveau, de différent, seul contre tous.»

L’enseigne, ouverte en 1997, résiste à Internet, au streaming, à l’immatériel. A Lausanne, le Karloff est une ode à la vidéo, au DVD, au support en plastique, concret. Mais résister ne signifie pas ignorer la websphère. La boutique gère également un site linéaire et sobre où l’on peut commander les trésors du 7e art et de la série. Le magasin s’expose en outre sur les réseaux sociaux. Si le chiffre d’affaires est marginal, un catalogue de 40 000 titres représente une source d’informations inestimable pour les écoles, les universités, les médiathèques, qui y recourent désormais régulièrement.

A Lausanne, dans l’antre de la rue Etraz, au numéro 7, les galettes foisonnent sur les étagères. Les classiques, les raretés ou les titres plus récents, introuvables parfois chez les grands distributeurs, se nichent sous une pile, au fond d’une rangée, derrière un coin. Il faut fouiller, déplacer, déterrer presque pour trouver la pièce rêvée.

Au comptoir se dressent deux tours instables de coffrets: à gauche les nouveautés du grand écran, à droite les dernières sorties en feuilleton. Derrière ces colonnes d’Hercule, Michael Frei consulte ses index, poste une commande, répond aux questions d’un client. Il offre aux chalands davantage que des films, il distille un savoir.

L’homme, qui est aussi musicien, connaît par cœur les 18 000 titres amassés dans l’échoppe. En un clin d’œil, il sait si l’œuvre recherchée est disponible ou pas. Et puis, il pourra aussi épiloguer sur tel auteur, sur l’état du marché du DVD, sur l’avenir de son commerce.

Justement. Unique dans son créneau, Le Karloff profite à la fois de sa petitesse et d’un public fidèle qui aime retourner dans ses mains la rondelle gravée plutôt que de télécharger des fichiers sur le Net. Même si les temps sont durs, Michael Frei reste zen. «La relation vivante avec des amateurs saura repousser l’assaut de l’achat anonyme en ligne.»

Le Karloff. Rue Etraz 7, Lausanne. Ouvert du lundi au vendredi de 10h30 à 19h, et le samedi de 10h à 18h. www.karloff.ch