Champagne

Kat Morse, l’ambassadrice qui pétille

Américaine installée à Genève, elle vit une passion dévorante pour le vin à bulles. Associée de la start-up Wine Me, l’ambassadrice du champagne en Suisse sélectionne les crus de la région et défend leur utilisation pour des accords mets et vins. Rencontre

Etre ambassadrice du champagne impose quelques obligations. Kat Morse, qui porte ce titre pour la Suisse depuis 2013, boit du champagne tous les jours ou presque. «C’est une boisson qu’on a tendance à réserver pour les jours de fête, regrette-t-elle. Mon credo, c’est de fêter toute l’année. La vie est belle, il faut en profiter.»

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Un slogan marketing? Pour la pétillante Américaine d’origine philippine, c’est bien plus que cela. Elle vit une véritable passion pour la Champagne et ses vins. Ce vendredi-là, elle nous invite à trinquer dans le cadre cosy du restaurant Wine&Beef, à Genève, où elle a ses habitudes. Le patron, Dominique Mottas, vient de rejoindre l’actionnariat de la start-up de vente de vin et d’événementiels Wine Me, pour qui elle travaille depuis 2013. La jeune femme a désormais le statut d’associée avec un double cahier des charges: responsable de la sélection des vins de champagne et de Bourgogne et responsable juridique – une évidence pour cette avocate de formation.

L’effet-bulle

A seulement 31 ans, Kat l’hyperactive a un déjà parcours de vie très riche, qu’elle raconte avec un enthousiasme communicatif. Née à Chicago, elle a vécu une partie de son enfance aux Philippines, le pays d’origine de ses parents. «Je continue à y aller très souvent. Une partie de ma famille habite là-bas.» Puis c’est le retour aux Etats-Unis avec sa scolarité obligatoire effectuée à New York suivie par des études de droit à Chicago.
C’est dans l’Illinois, entre deux auditoires, qu’elle a rencontré son futur mari, David Morse, physicien émérite. Quand ce dernier rejoint le CERN pour le compte de l’Université de Boston, en 2010, le couple s’installe à Genève. «Il devrait rester seulement deux ans. Ça fait plus de cinq ans qu’on est ici. On se plaît beaucoup en Suisse. Le pays est magnifique et la qualité de vie exceptionnelle.»

En ce vendredi de décembre, le soleil inonde la baie vitrée du «Wine&Beef». Un soulagement après plusieurs jours de brouillard. Comme à son habitude, Madame l’ambassadrice positive. «On se plaint souvent qu’il fait gris à Genève pendant l’hiver. Mais très souvent il suffit de monter au Salève où il fait un soleil éclatant, comme aujourd’hui. J’adore cette proximité avec la montagne. Pour moi, c’est très dépaysant.»

Dépaysant, tout comme son premier contact avec le vin effervescent. «Je m’en souviens comme si c’était hier, s’enflamme-t-elle. C’était en 2006, un verre de Laurent Perrier. Je ne savais pas ce que je buvais. Après avoir goûté, je me suis dit: «Wouahh, il vient d’où, ce champagne? Mon mari m’a expliqué que tous les champagnes viennent de la Champagne, une région proche de Paris. J’étais honteuse d’être aussi ignorante. J’ai décidé d’apprendre tout ce que je pouvais sur ces vins délicieux. C’est comme ça que ça a commencé.»

Experte des crus

Depuis lors, Kat Morse a beaucoup voyagé pour accroître sa connaissance des champagnes et de leur zone de production. Désormais, elle connaît la région comme sa poche. Durant l’été 2012, elle a scellé l’union de ses passions pour les bulles et le droit en obtenant un diplôme «Wine &Law» de l’Université de Reims. C’est pendant ce cursus qu’un ami lui a proposé de postuler au titre d’ambassadrice du champagne pour la Suisse – un concours qui existe dans neuf pays.

Dompteuse de défis, la jeune femme n’a pas hésité une seconde. Bien lui en a pris: elle s’est octroyé le titre d’ambassadrice après avoir survolé la première partie – des questions générale sur le champagne – puis remporté la finale face à deux autres candidats en convainquant un jury de spécialistes. Epreuve imposée: digresser pendant 10 minutes sur «la singularité du champagne», son climat, sa législation, sa capacité «à rendre le quotidien extraordinaire.» Car comme elle le répète avec son inamovible sourire, il est impossible de ne pas aimer le champagne. «Si c’est le cas, c’est que vous n’avez pas trouvé le vôtre. Il y a une telle diversité dans la production! C’est comme les multiples facettes d’un diamant.»
Ce foisonnement était au cœur du 2e Salon suisse du champagne, organisé fin novembre à Genève par Wiine Me. Il réunissait près de trente producteurs, un doux mélange de maisons prestigieuses et de récoltant-manipulant à la production anecdotique. «Ce sont deux mondes très différents, mais aussi très complémentaires», souligne l’organisatrice en cheffe. Elle n’avoue aucune préférence mais concède «ne pas aimer les champagnes trop industriels». Elle ne s’avance pas à citer une marque. «Avec mon titre d’ambassadrice, je dois faire preuve de diplomatie.»

Dégustation contrôlée

Sur ses coups de cœur, en revanche, Kat Morse est intarissable. Elle aime les champagnes «qui ont beaucoup de caractère», en lien avec le terroir, le cépage ou le vigneron qui l’a vinifié. «J’ai de grands souvenirs, comme un pinot meunier 1959 de Michel Loriot. C’est très rare, les purs pinots meuniers.» Elle avoue aussi une inclinaison particulière pour les champagnes extra-bruts, les blancs de blancs… Un inventaire à la Prévert qui la mène jusqu’aux accords mets et vins (lire ci-dessous). «Avec le champagne, tout est possible!»

Il est 13h30 passé, la salle «Wine&Beef» s’est vidée. La bouteille de Cuvée Camille rosé, elle, est encore à moitié pleine. Kat Morse a bu un verre, pas une goutte de plus. «Je bois très peu. Après trois verres, j’ai la tête qui tourne. Alors souvent, je crache. J’ai besoin de contrôler.»

En sortant du restaurant, juste avant de poser pour la photographe du «Temps», l’ambassadrice du champagne évoque ses projets futurs. Fin 2016, elle quittera Genève avec son mari pour implanter aux Etats-Unis Wiine Me et la Wine academy, une école du vin online crée cette année. Un défi de plus? Mieux: «un pari sur l’avenir.»


La Wine Academy, un concept novateur

Wiine Me a innové cette année en créant sa Wine Academy, une école du vin en ligne. «L’idée est de permettre aux gens qui n’ont pas le temps de se déplacer de développer leurs connaissances à distance, précise Kat Morse. Cela permet d’avoir de très bonnes bases en six mois. Notre cible, c’est les 28-38 ans, mais on a aussi des clients de plus de 40 ans.»
Chaque abonné de l’académie reçoit 3 bouteilles chaque mois par la poste, sur un thème donné. La sélection est conçue pour couvrir les principaux cépages en six mois. Des leçons en ligne sont disponibles pour chaque vin. Ce n’est pas tout: des vidéos interactives, des infographies et des quiz guident les internautes dans leurs pérégrinations vitivinicoles. Un certificat est délivré à la fin de chaque cours.

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