Rhabillé pour l’été (3/7)

Le kimono en wax, toute une histoire 

Pendant les vacances, «Le Temps» raconte l’histoire 
de ces accessoires de mode qui font les joies de la belle saison. Cette semaine, retour sur le wax à travers des siècles d'échanges commerçants, des Pays-Bas à l'Indonésie en passant par le Ghana 

Les épisodes précédents: 

Elégance et vacances, ça rime, mais ça ne va pas toujours très bien ensemble. Comme toute règle, celle-ci a ses exceptions. Prenez le kimono en wax. Déjà parce que le vêtement aux manches amples se situe quand même un cran au-dessus du peignoir de plage sur l’échelle du glamour. Ensuite parce que le wax avec ses imprimés vitaminés autorise des fantaisies infinies, et pas seulement géométriques. On n’épiloguera pas sur le kimono, tenue japonaise traditionnelle dont la création remonte à la nuit des temps. On s’arrêtera en revanche sur le wax, ce tissu qui monte depuis l’explosion de l’Afrique dans la mode. Surtout depuis que Rihanna, Lady Gaga, Beyoncé s’en sont entichées et que Burberry, le summum du chic britannique, fut la première marque de luxe à lui dédier toute une collection en 2011.

Aujourd’hui, de la fast fashion (H&M, Zara) à la fashion branchée (Balenciaga) en passant par le chanteur Stromae (qui vend de la fringue wax sous son label Mosaert) et une foultitude de designers autoentrepreneurs à travers le monde, le wax est au max. Sauf qu’il n’est pas africain. Il est même né à des kilomètres de la région subsaharienne où il est massivement fabriqué. Pire, c’est une invention néerlandaise. Pour le supplément d’exotisme, on pourra toujours repasser. Quoique. A l’origine, le tissu s’inspire du batik indonésien. La technique consiste à enduire d’une fine couche de cire une bande de coton pour le rendre imperméable. Chaude et liquide, la matière permet ainsi de composer des motifs végétaux ou abstraits chamarrés et beaux.

La Chine, premier producteur 

Au XIXe siècle, les Néerlandais qui campent en Indonésie depuis le milieu des années 1660 font face à la révolte d’une population fatiguée par deux siècles d’occupation. Débordés, les Bataves matent les rebelles en faisant venir de leurs colonies guinéennes des guerriers ashantis. Lesquels repartent bientôt chez eux, du batik plein leurs malles. Le Hollandais qui est volant, mais aussi malin, voit là une occasion de commercer avec ces mercenaires pas toujours commodes. La révolution industrielle qui bat alors son plein en Occident va ainsi développer la fabrication mécanique de ce tissu baptisé wax et dont la grande majorité de la production britannique et néerlandaise est destinée à l’exportation vers le Ghana. Lequel va développer sur son territoire une industrie du wax qui va rapidement s’étendre au Bénin, au Togo, au Sénégal, au Niger et à la Côte d’Ivoire. Et ainsi perpétuer jusqu’à nos jours un savoir-faire qui en Europe lentement périclite. Si le wax vient toujours d’Afrique, et encore un peu des Pays-Bas pour sa version très haut de gamme, c’est désormais la Chine qui en produit des hectomètres. C’est coton!


Memphis

En 1980 à Milan, 
Ettore Sottsass fédère autour de lui des designers venus de tous 
les horizons. Membre de Memphis de la première heure, la designer textile française 
Nathalie du Pasquier va créer des tissus inspirés du wax africain. Et participer à son engouement.

1846

Date de la fondation de Vlisco, manufacture historique de wax
néerlandais basée
à Helmond et dont les archives conservent plus de 300 000 motifs. L’entreprise est toujours en activité.

Sources

Au XIXe siècle, 
les Néerlandais et
 les Britanniques sont 
les principaux fabricants de wax, dont ils écoulent la production principalement vers l’Afrique
de l’Ouest.

Batik

Le wax est dérivé
de la technique du batik indonésien, qui consiste à enduire de cire les deux côtés d’un tissu de coton pour le rendre imperméable.

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