Qu’est-ce que j’apprends? Vous ne voyez pas le rapport entre Lady Gaga et Petzi? Comme dirait Shakespeare: quelle est cette nuit qui coud l’une à l’autre vos paupières? Vos yeux sont-ils à ce point aveugles? Ne voyez-vous pas que la ressemblance entre l’ourson débrouillard et la chanteuse américaine désormais adulée pour son rôle dans A star is born suffit à prouver que la réincarnation existe?

Comme c’est bientôt Noël, je me propose de vous dessiller. Démonstration.

1. Petzi et Lady Gaga sont de pures inventions. Petzi fut créé à la fin des années 1940, au Danemark, pour remplacer un personnage destiné aux enfants appelé Strutsen Rasmus (l’autruche Erasme) et dont le créateur avait décidé d’arrêter les aventures. Petzi n’est donc pas né d’un dessinateur frappé par l’inspiration mais d’une étude de marché. Lady Gaga, c’est tout pareil: elle est une construction médiatique. Derrière ce personnage de chanteuse post-pop ultrapréfabriqué se cache une New-Yorkaise, Stefani Germanotta, qui, après avoir beaucoup écouté Madonna et lu tout Warhol et Deleuze, a décidé de mettre leurs intuitions en pratique. Conclusion: Petzi et Lady Gaga sont des leurres, des fakes.

2. Et pourtant, malgré le point 1 ci-dessus, Petzi et Lady Gaga sont plus convaincants que s’ils étaient naturels. Si, si, si. Aucun petit enfant, même celui qui est affligé des pires parents bobos et neuneus de la terre, ne croira jamais qu’un ourson peut construire un bateau avec un gouvernail et un tronc d’arbre qui finit par cracher de la fumée. Aucun. Et aucun adulte n’a jamais cru à la réalité de Lady Gaga. Lady Gaga est une créature. Justement. C’est parce que tous les deux, l’ourson comme la chanteuse, se donnent comme artificiels qu’ils sonnent vrais, qu’on y croit. Petzi et Lady Gaga sont des pop stars en ce sens que, comme toute pop star, ils se donnent à voir comme des artifices. Contrairement à ce que l’on croit, nous ne nous identifions pas à des pop stars parce qu’elles sont des vraies personnes qui vivent notre vie en mieux. Nous les adulons parce qu’elles représentent ce qui est faux, inventé, irréel, inaccessible.

3. Petzi et Lady Gaga sont gender fluids. Enfin, ils cultivent les signes d’un flou identitaire. Lady Gaga porte haut les mises en scène de sa bisexualité. Quant à Petzi, il se balade en salopettes à pois, il n’a que des copains garçons, il idolâtre sa maman et il évolue dans un univers dont les codes de genre rappellent les albums de Tintin. C’est dire.

4. Petzi aussi a des poils.

5. Petzi et Lady Gaga sont entourés de la même bande de copains. Pour Lady Gaga, qui n’a jamais ménagé ni sa peine ni sa générosité pour défendre les droits LGBT, c’est une évidence – y compris dans A star is born où ses amis sont une troupe de travestis. Et idem pour Petzi, naturellement.

6. Comment ça, vous ne comprenez pas ma dernière remarque à propos de Petzi? Il vous faut un dessin, ma parole! Le meilleur ami de Petzi, l’Amiral, est un morse poilu et tatoué, plus âgé que lui, qui porte une salopette sans t-shirt et une casquette (aujourd’hui, on dirait que l’Amiral est un daddy bear). Je suis obligé d’abréger, mais reconnaissez-le: Petzi et ses amis Pingo et Riki, c’est un peu les choristes de Lady Gaga. Mieux: la bande à Petzi, c’est carrément les Village People.

Sur cette perspective réjouissante (Petzi entraînant ses copains à monter sur leur bateau en entonnant In the Navy), j’espère vous avoir convaincus de l’indéniable parenté entre Lady Gaga et Petzi.

Mais vous? De qui êtes-vous la photocopie? De quelle matrice êtes-vous le pâle stencil?


Une précédente chronique: Serena Williams/Fifi Brindacier