Du vin et des hommes

Lady of Fully

La vigneronne valaisanne Marie-Thérèse Chappaz a été nommée icône du vin suisse par GaultMillau en septembre, été propulsée «Lady of Wine» 2015 au début du mois lors du Villa d’Este Wine Symposium. Respects à Madame Chappaz

Tout le monde se lève pour Marie-Thérèse Chappaz. La vigneronne valaisanne de Fully a connu une année particulièrement faste. Nommée icône du vin suisse par GaultMillau en septembre, elle a été propulsée «Lady of Wine» 2015 au début de ce mois lors du Villa d’Este Wine Symposium, le Davos du vin qui se déroule chaque année sur les rives du lac de Côme. Ce prix prestigieux récompense un producteur mondialement reconnu «pour l’excellence de ses vins», mais aussi parce qu’il possède «un charisme, une aura et une philosophie d’exception.»

La définition colle parfaitement à la personnalité lumineuse de «Marie-Thé». Au-delà de la grande qualité de ses vins, ses liquoreux en particulier, elle impressionne par son humilité et sa passion pour son métier. Cela m’avait beaucoup impressionné lors de notre première rencontre, il y a quelques années. Tout en crapahutant dans les vignes abruptes situées derrière son repère de La Liaudisaz, elle se félicitait d’avoir converti son vignoble à la biodynamie pour sortir du rapport de force entre la nature et les produits phytosanitaires. «Depuis que j’ai fait le pas, mes ceps se portent bien mieux», clamait-elle avec son accent chantant.

Souvenir intense

Avec Marie-Thérèse Chappaz, le vin est bien plus que du raisin fermenté. C’est un produit de terroir, l’expression des sols granitiques de Fully qu’elle interprète de manière magistrale. Ses vins les plus aboutis apportent une émotion qui dépasse la seule perception gustative. Je garde un souvenir intense d’une bouteille de petite arvine Grain Noble 2006 – une œuvre d’art liquide, ça ne s’oublie pas comme ça.

La grande dame de Fully a de qui tenir. Son oncle, le romancier Maurice Chappaz, a lui aussi magnifié la terre valaisanne. Dans le Chant des cépages romands, il célèbre «la subtilité des Amigne, la mâle astringence d’un Gamay […], le fumet de pierrailles du Johannisberg, la violence, la substance, la sagesse et le relief des Dôle charnues et bouquetées». Des raisins que Marie-Thérèse magnifie avec le même talent. Plus que des mots, de la poésie.

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