Alors oui bien sûr, on peut ne pas l’aimer, lui trouver un drôle d’air, un truc un peu snob. Dévoilé il a quelques jours, le vélo affiche le look des objets très beaux mais qui en font peut-être un peu trop. Profil minimaliste, cadre maniériste avec sa tubulure qui suit la courbe de la roue avant, entraînement par courroie et tige de selle absente: le Gran Turismo – c’est son nom – respecte en fait les codes géométriques de son designer Indrek Narusk.

Les amateurs de fixies auront en cela reconnu la patte de la ligne Viks de Velonia, manufacture de bécanes haut de gamme basée à Tallinn, en Estonie. L’idée d’Indrek Narusk était de coller au plus près à la Lamborghini HK106 Huracán LP 620-4.

La même couleur Midas

Le GT a donc la même couleur jaune Midas – une extension de la palette adaptée à d’autres modèles est d’ores et déjà prévue – et un caractère affirmé de bolide de la route. Fabriqué en alliage d’aluminium découpé au laser, il pèse à peine 10 kilos, soit 40% de moins qu’un vélo classique.

Pour autant, le célèbre taureau furieux du constructeur italien n’apparaît nulle part sur le cycle. Le GT est une inspiration, pas une association industrielle. Cela dit, le constructeur de Bologne chez qui le vélo n’appartient pas au cœur de métier s’est déjà au moins une fois lancé dans le deux-roues à propulsion humaine. En 2013, à l’occasion de son 50e anniversaire, Lamborghini avait collaboré avec le Suisse BMC pour produire une série limitée de machines de course en fibre de carbone vendues au prix extravagant de 32 000 francs. Celui du Gran Tourismo est pour l’instant un mystère. Il variera en fonction de la taille et des finitions choisies. On l’imagine facilement très au-delà du tarif habituel.

Des constructeur convertis à la philosophie du vélo

Reste que le vélo et l’auto partagent une histoire commune. Nombreux sont les constructeurs désormais convertis à la vélosophie. La mobilité douce est ainsi devenue une affaire de prestige, un univers pour geeks du grand braquet qui ont les moyens de leur passion. C’est le cas de Peugeot, qui produit du cycle depuis 1886. C’est aussi celui de Mercedes-Benz, BMW et Audi qui nourrissent depuis longtemps cette clientèle qui retrouve dans ces deux-roues rares le double plaisir de s’entretenir et de pédaler sur une machine exclusive dont elle maîtrise les arcanes mécaniques. Mais toujours en proposant des produits maison à destination plutôt sportive, à l’exception de Ferrari qui collabore avec le fabricant Colnago, le top du cycle italien.

Le cas du Gran Turismo est donc particulier. Marque de niche réputée, Velonia insuffle à Lamborghini qui n’a rien demandé une image urbaine et branchée. Un esprit davantage axé sur le design que sur la performance. Et c’est toujours bon à prendre.