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«Lorsque je dessine des immeubles et des villes, je cherche avant tout à créer une atmosphère.» Yansong Ma.
© SOPHIE DELAPORTE

Architecture

Quand l’architecture s'inspire des beautés de la nature 

Formé auprès de Peter Eisenman et de Zaha Hadid, il est le plus célèbre des architectes chinois. Alliant culture asiatique et pensée occidentale, Yansong Ma rêve que l’esprit des bois habite le cœur des villes

C’est à San Francisco que l’avenir se dessine. Et depuis un certain temps déjà. Au XIXe siècle, la ville aux rues en pente sur laquelle le climat océanique déverse ses caprices fut la porte d’entrée aux promesses de la ruée vers l’or. Au XXIe, elle est désormais celle des innovations que la Silicon Valley, toute proche, inonde de ses technologies.

C’est là que Cartier organisait pendant trois jours plusieurs cycles de conférences autour de la société du futur pour accompagner le lancement de sa Santos réinventée. La montre avait été créée en 1904 par Louis Cartier pour accompagner dans ses exploits l’aviateur Alberto Santos Dumont, pionnier de l’aviation et premier pilote en Europe à avoir soulevé une machine plus lourde que l’air, en 1906, à Paris.

Avoir le futur comme seul horizon, prendre le risque d’oser et de voir les choses autrement sont aussi les lignes que suit Yansong Ma, invité en Californie par le joaillier parisien pour discuter de la ville de demain.

Bâtiments qui ondulent

L’architecte chinois, fondateur de l’agence MAD (pour Ma Design) a grandi en Asie mais terminé ses études en Occident. Dans son travail, il opère le mix entre ces deux cultures, certes très différentes, mais qui se rejoignent à l’heure où durabilité, écologie et sociabilité qualifient désormais le projet de la cité.

Une salle de concert à Pékin, un immeuble à Paris, un musée à Los Angeles: Yansong Ma, 43 ans, construit beaucoup. Son credo? Imaginer une architecture rigoureusement contemporaine mais qui compose avec les beautés de la nature pour rassembler et apaiser les gens. Son style? Des bâtiments aux silhouettes qui ondulent comme les Absolute Towers près de Toronto et le fameux Huzhou Sheraton, premier gratte-ciel au monde en forme d’anneau dont les 101 mètres se reflètent dans les eaux du lac Taihu. Ou encore le monumental Chaoyang Park Plaza, tours jumelles aux allures minérales qui donnent à la skyline de Pékin des airs de Gotham City, la verdure en plus.

Urbanisme poétique

Car Yansong Ma, c’est l’architecte qui rêve de forêts urbaines et envisage l’habitat comme une expérience qui doit nourrir l’esprit. «Nos villes souffrent d’un énorme problème: elles manquent de nature, elles manquent d’essence spirituelle. Leurs habitants ne font qu’y vivre et y travailler mais ne ressentent plus rien de l’émotion que dégage leur environnement», explique l’architecte qui se souvient des villes chinoises de son enfance, grouillant de vie et de voisins qui se parlaient et s’entraidaient. «Elles étaient alors des sources de création, elles évoquaient quelque chose de très poétique lié à la nature et au paysage. Aujourd’hui, on construit vite des grands ensembles sans âmes mais avec le plus de logements possible», continue celui qui démarra sa carrière au début des années 2000 auprès de Peter Eisenman à New York et chez Zaha Hadid à Londres.

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Les deux architectes ont longtemps figuré comme les chantres du déconstructivisme. Et pas vraiment comme ceux de l’intégration des espaces verts dans le bâti. «C’est vrai, reconnaît Yansong Ma. J’étais alors jeune étudiant. Ils étaient tous les deux très inspirés par les formes de l’avant-garde russe et par la philosophie déconstructiviste de Jacques Derrida. Plus tard, Zaha Hadid a produit une architecture plus organique qui, je pense, trouvait son influence dans la nature.»

La ville considérée comme appartenant à la nature

On a souvent rapproché l’usage de la courbe chez cette dernière avec les travaux de son élève. «Lorsqu’on qualifie mon travail, on a souvent tendance à le résumer à ça. C’est une réaction normale. Pour les gens, l’architecture reste avant tout une histoire de formes et de géométrie. Mais ce n’est évidemment pas aussi simple. Ce que je cherche avant tout lorsque je dessine des immeubles et des villes, c’est de créer une atmosphère.»

Je veux montrer que même d’immenses gratte-ciel peuvent receler un potentiel spirituel

Yansong Ma, architecte

Comment? Grâce au shanshui, concept asiatique qui, dans l’art classique notamment, utilise la licence poétique pour représenter le paysage. «La modernité nous a inculqué que les produits de la nature et ceux fabriqués par l’homme s’opposaient. La culture shanshui part du principe que tout est de la main de l’homme qui cultive les jardins, organise ses plantations et enveloppe les arbres pour les protéger du froid pendant l’hiver. Du coup, la ville peut, elle aussi, être considérée comme appartenant à la nature. Et que même d’immenses tours peuvent receler un potentiel spirituel.»

En larmes devant l’océan

Yansong Ma cite en exemple le Salk Institute for Biological Studies, construit à San Diego par l’architecte américain Louis Kahn en 1965. Un objet monumental et spectaculaire qui s’ouvre sur l’océan Pacifique. «Avec ses murs en béton et ses lignes rigoureusement orthogonales, il répond aux codes d’un bâtiment moderne. Sauf qu’il fait face au vide de la mer, qu’il fixe cet espace infini où l’eau entre en contact avec le ciel. C’est quelque chose de très spécial à vivre. J’ai vu des gens s’asseoir et se mettre à pleurer devant ce paysage. Ce qui montre bien la force de cet endroit où l’architecture et la nature se mettent ensemble pour créer une puissance d’évocation bouleversante. Parfois, j’imagine les gens qui viendront ici dans deux cents ans. Ils vivront dans une société différente de la nôtre et profiteront de technologies bien plus performantes, mais je suis sûr qu’ils ressentiront exactement la même émotion.» On pourrait dire la même chose d’une œuvre d’art.

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L’art justement. Dans sa conception holistique du bâti, Yansong Ma, forcément, s’y intéresse. «Il a ceci de supérieur sur l’architecture qu’il ne s’explique pas. Il se ressent, fait appel au sentiment. Pour comprendre un bâtiment, par contre, il faut beaucoup lire, et donc beaucoup écrire.» L’architecte est devenu ainsi très proche du Danois Olafur Eliasson, qui a fait de la reproduction des effets naturels le corpus de son œuvre. «Il avait vu mes travaux à la Biennale d’architecture de Venise, moi son Weather Project à la Tate Modern de Londres que j’avais adoré.» Ensemble, ils ont monté en 2010 le projet Feelings are Facts à Pékin, une installation sans aucun objet à l’intérieur, mais plongé dans un brouillard artificiel baigné de jeu de lumière. De quoi perdre tous ses repères. «Ce n’était ni de l’art, ni de l’architecture, mais juste un endroit pour mettre à l’épreuve notre perception de l’espace. C’est par la pensée et l’expérience que l’on peut changer les choses. Et ainsi améliorer les villes d’aujourd’hui en imaginant celles de demain.»

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