L'hôtel

L'Arlatan, hôtel des arts

A Arles, où elle habite une partie de l’année, Maja Hoffmann a transformé une bâtisse classée en établissement hôtelier avec l’aide de l’artiste cubain Jorge Pardo

C’était le plus bel hôtel particulier d’Arles. L’un des plus anciens aussi, puisque les Romains y avaient construit, il y a deux mille ans, un palais. C’est aujourd’hui le plus bel hôtel de la ville. Arles a beau être la plus grande commune de France par sa superficie, son cœur historique tient dans un mouchoir de poche. Caché dans une petite rue du centre, l’Arlatan se trouve à quelques pas des quais du Rhône, de la place du Forum, cœur névralgique du centre, dont Van Gogh peignit le fameux Café de nuit, et de la cathédrale Saint-Trophime, classée au patrimoine mondial par l’Unesco.

Au bout de quatre années de rénovation, l’Arlatan a rouvert ses portes en octobre 2018. Grâce à Maja Hoffmann, célèbre descendante de la famille Fritz Hoffmann-La Roche, propriétaire du groupe pharmaceutique Roche. Si elle est née à Bâle, Maja Hoffmann a vécu toute sa jeunesse à Arles, où elle habite une partie de l’année. Et transforme la ville, investissant à coups de centaines de millions d’euros, notamment dans le cadre de sa fondation artistique Luma.

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Réalité transformée

Pourquoi Maja Hoffmann a-t-elle tenu à racheter puis à rénover ce bâtiment de plus de 6000 m2, classé aux monuments historiques? Et à en faire un sublime hôtel, auquel s’ajoute une résidence d’artistes? «Ses propriétaires, les Desjardin, étaient de vieilles connaissances de ma famille, explique-t-elle. L’hôtel Arlatan était depuis des années un quartier général des Rencontres de la photographie, mais le lieu devenait vétuste et lourd à gérer pour Yves Desjardin, qui a insisté pour que je le reprenne avec mon équipe. J’ai alors eu l’idée de faire un geste patrimonial et artistique plutôt que de le rafistoler, créer un lieu qui vive à l’année pour les Arlésiens et pour tous les autres.»

On entre ici dans un lieu où règne le silence, le calme. Et la couleur. Tout est flamboyant. Car la Suissesse a confié l’intégralité de la rénovation des lieux, et la décoration des 34 chambres, à un seul homme, l’artiste cubain Jorge Prado. «Jorge est un artiste et un bon vivant, surtout pas un décorateur, précise-t-elle. Ses interventions à l’Arlatan sont totales et cela donne de la magie au lieu. Je dirais qu’il est un «transformateur de la réalité». Je ne pense pas, sauf peut-être dans sa maison à Merida, qu’il ait jamais été aussi loin, aussi éclatant qu’ici…»

Eclatant, le terme est approprié: les chambres, le restaurant (dirigé par le chef Stéphane Ferro) et le bar débordent de couleurs. De l’orange, beaucoup d’orange, mais aussi des bleus pétaradants, du vert vif, du jaune écarlate… Du bois, des meubles anciens ou dignes d’un musée du design des années 50 (Alvar Aalto, Augusto Bozzi, Marco Zanuso, Gio Ponti…), presque pas de métal. Les sols de mosaïques sont splendides, lumineux. Pardo a fait rouvrir une ancienne usine pour l’occasion: chaque fragment de tesselle (il y en a 2 millions) a été réalisé sur mesure au Mexique.

Etat de grâce

Il ne faudrait pas croire pour autant que la carte blanche attribuée à Pardo l’a été à 100%. «Maja a tout supervisé, tout contrôlé», explique un de ses représentants sur place. L’intéressée confirme: «En fait, c’est devenu le projet de plusieurs personnes pour mettre en œuvre une vision forte que j’ai définie avec Jorge.» Il a fallu respecter les consignes des architectes des bâtiments de France, consolider l’escalier monumental, restaurer les plafonds d’époque et faire réapparaître des peintures vieilles de 600 ans, puis retrouver les tons de couleur et les formes exactes des fresques… Mais il a fallu aussi créer, puisque chaque chambre est unique, par sa décoration et son mobilier. Il a fallu aussi planter le jardin intérieur, d’un calme olympien. Araucaria araucana (arbres fossiles de Patagonie), bananiers, érables, magnolias, figuiers nains, oliviers encadrent la piscine, créée par l’artiste cubain.

L’hôtel n’est pas classé. «Nous voulons conserver notre liberté», précise un proche de Maja Hoffmann. Dans les salles, les couloirs, le patio, le bar ou le restaurant règne une atmosphère chic mais décontractée. Theodora Galanos, la jeune directrice adjointe de l’établissement, 32 ans, a travaillé à Londres, Paris, Lyon et Bora Bora avant d’être recrutée à Arles. «On pratique ici une expérience haut de gamme mais totalement différente d’ailleurs. Nous ne sommes pas sur un mode de fonctionnement écrit à l’avance et nous laissons une grande liberté à nos clients, à qui nous aimons toujours, dès qu’ils arrivent, raconter l’histoire du lieu.»

Un an après son ouverture, l’Arlatan accueille une clientèle en majorité française, américaine, suisse et allemande. «C’est un espace libre dans lequel on peut inventer tous les jours, se réjouit Maja Hoffmann. Un univers en soi, un peu à l’extérieur de la réalité. J’espère que cet état de grâce restera intact et pourra demeurer longtemps.»

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L’Arlatan, 20, rue du Sauvage, Arles, France, www.arlatan.com

Chambres à partir de 179 euros (196 fr.), suites de 65 m2 à partir de 659 euros (720 fr.).

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