Des fleurs au milieu des neiges. Des branches courbées par des vents glacés. Ce week-end à la Ferme Sarasin, l’esthétique japonaise souffle dans l’hiver helvétique, avec une exposition d’ikebana de Sogetsu Branche Suisse. Ikebana? Ce sont ces arrangements floraux venus de l’Empire du Soleil levant, offrandes bouddhistes par le passé, sculptures végétales au présent, inspirés par la nature pour célébrer la beauté de l’éphémère.

L’école Sogetsu est son courant moderne, fondé en 1927 à Tokyo par le maître Sofu Teshigahara, qui ouvre les canons de l’ikebana traditionnel à une liberté créative, un peu à la manière de la peinture d’avant-garde. Ce n’est pas par hasard qu’on surnomme Sofu Teshigahara le «Picasso des fleurs». Pourtant, rien n’est laissé au hasard dans ces constructions florales à l’équilibre épuré, et une géométrie rigoureuse se cache derrière l’harmonie de leurs lignes. «Comme en musique, pour pouvoir composer librement, il faut d’abord apprendre le solfège», rappelle Inès Massin, l’une des professeures de Sogetsu en Suisse, qui participe à l’exposition collective.

Le chant d’une branche

L’hiver, où les branches sont vides et la végétation endormie, ne serait-ce pas une période étrange pour «donner vie aux fleurs», signification première du mot ikebana? «La nature s’exprime au fil des saisons, et même si l’hiver est moins évident que le printemps ou l’automne, il n’est pas pour autant moins expressif.»

Seule suggestion aux participants: ne pas réduire les vents glacés au blanc neige. Conifères, lichen, bambou ou nuits froides du désert, autant de points de départ pour faire voyager l’imaginaire. «Certains iront chercher de l’inspiration dans la forêt, d’autres dessineront leur idée avant de choisir leur matériel.» Pour Inès Massin, l’improvisation commencera par le chant d’une branche. Dans cette mélodie qui va éclore, la voix, la voie des plantes donne le rythme, se mélange à celle de l’auteur. Un cheminement qui va nous révéler quelque chose qu’on avait ignoré en nous.

«La fleur appartient au monde du concret, l’ikebana au monde de l’abstrait», disait Sofu Teshigahara. Quand sait-on qu’un arrangement est fini? Qu’il ne reste plus rien à rajouter ni à couper? «On sent quand ça ne sonne pas juste, dit la professeure. On sent aussi quand on a trouvé l’harmonie qui touche, la forme qui exprime l’essence d’une émotion.» Tel un haïku, dit avec des fleurs.


«Vents glacés», à la Ferme Sarasin du Grand-Saconnex, du vendredi 20 au dimanche 22 janvier. Entrée libre. Retrouvez tous les articles de la rubrique «Un jour, une idée».