Quand l’art nord-coréen s’exporte

Plusieurs pays d’Afrique se sont offert les services d’une société de Pyongyang spécialisée dans les statues de la dynastie Kim et l’art monumental socialiste

Comment faire, quand on est Sud-Coréen, et que l’on veut voir de près le travail des architectes de Pyongyang? Il faut aller en Afrique. C’est ce qu’à fait Onejoon Che, un photographe séoulite, qui présente, dans le pavillon sud-coréen de la Biennale d’architecture, une recherche en images tout à fait originale, autour des immeubles et monuments conçus par le Mansudae Art Studio. Cette entreprise d’Etat, fondée en 1959, a d’abord été spécialisée dans la fabrique des portraits et des statues de Kim Il-sung, avant d’étendre son activité à l’ensemble des images et monuments consacrés au socialisme. Forte de ce savoir-faire unique, elle se dote, dans les années 70, d’une branche internationale, le Mansudae Overseas Project Group of Companies, pour exporter sa maîtrise du monument de propagande, principalement en Afrique.

En 1974, un premier mandat, réalisé au titre d’aide au développement, amène les architectes nord-coréens à Addis-Abeba, en Ethiopie, où ils érigent le monument Tiglachin, commémorant la révolution. Puis ils sont appelés à construire les palais présidentiels de Madagascar et du Togo, le parlement de la République de Centrafrique, le stade Gombani en Tanzanie, aussi connu sous le nom de «stade Kim Il-sung».

Source de devises étrangères

Au fil des ans, Mansudae devient pour la Corée du Nord une importante source de devises étrangères: en 2000, les revenus cumulés de ses exportations artistico-architecturales étaient estimés à 160 millions de dollars.

Récemment, Mansudae Overseas Project a réalisé le Monument de la renaissance africaine à Dakar (photo ci-contre). Cette statue en bronze commandée par le président sénégalais Abdoulaye Wade, et achevée en 2010, mesure 49 mètres de haut, soit 3 de plus que la statue de la Liberté, à laquelle elle fait face, par-delà l’Atlantique.

L’étude en images de Onejoon Che a une vertu scientifique remarquable: sortie du contexte politiquement chargé de la division intercoréenne, et présentée hors sol, sur un autre continent, l’architecture «made in Pyongyang» peut alors être regardée avec davantage de simplicité, et pour ce qu’elle est aussi, une pratique, un art, un savoir-faire, un style.