Revue de presse

De l’art de prendre les cornes des vaches pour du pipi de minet (ou non)

Dans la presse et sur les réseaux sociaux, la votation du 25 novembre prochain suscite toutes sortes de commentaires, aussi innervés que la kératine bovine et la sensibilité démocratique suisse. Balade au pays des gens et des animaux heureux

Ces Helvètes n’ont pas fini de nous «surprendre», s’exclame Le Dauphiné libéré. Journal pour lequel «après la libre circulation des personnes, le renvoi des étrangers, la fin du nucléaire… le maintien des cornes sur la tête des vaches semble un sujet quelque peu décalé». Décalé? Pas tant que ça. Car s’il est un organe animal qui fait débat aujourd’hui, c’est bien la corne de vache. Même si l’initiative populaire «Pour la dignité des animaux de rente agricoles (Initiative pour les vaches à cornes)» sur laquelle le peuple suisse est appelé à se prononcer le 25 novembre et qui pose la question des limites de la démocratie directe en matière de bonheur des bovidés fait bien sourire un certain nombre d’acteurs médiatiques. Sur le fond des propriétés de la kératine. Ou dans le traitement du sujet.


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«C’est vrai qu’une vache sans cornes, c’est moche», se doit de constater la radio RTL. «Et on en voit de plus en plus, y compris en France. Mais il y a une raison, les éleveurs les leur enlèvent par sécurité, pour éviter de prendre des coups de cornes et pour que les vaches qui se bagarrent parfois entre elles ne se blessent pas.» Les initiants, sur ce point, sont clairs: ils «disent vouloir redonner leur dignité aux animaux, ils ne demandent pas l’interdiction de l’écornage, mais une subvention pour les éleveurs qui arrêtent de le faire». Soit 190 francs par vache et 38 par chèvre. (On oublie souvent que les caprins sont aussi concernés.) Le sujet est «sérieux», dit la journaliste française, il faut donc bien qu’«on en parle»:

Mais vous savez, «nous, les Français, regardons plus souvent le doigt qui montre la lune, alors que les Suisses qui sont bien plus pragmatiques et intelligents… un monde nous sépare!!» répond @JonquetBernard sur Twitter. Il réagit, lui, à une chronique chafouine de La Matinale de RTS, selon laquelle «il y aurait des bons et des mauvais sujets de votation, des objets de première classe et d’autres qui ne mériteraient pas la réflexion et le vote populaire». Ainsi, ces fameuses cornes ne seraient «pas un sujet assez sérieux pour la Constitution»:

Pendant ce temps, @gempepas allait «faire une blague sur le fait que ce débat risque de stigmatiser toutes les vaches en créant des amalgames et qu’une vache devrait être libre de porter ou de ne pas porter des cornes». Mais il s’est heureusement abstenu. Car il ne faut pas oublier une chose, selon France 3, qui avale les chiffres exagérés des initiants: «90% des vaches suisses n’ont plus de cornes. Un scandale pour l’éleveur Armin Capaul, initiateur de la votation. Ces cornes sont bien utiles pour la votation en novembre d’une subvention aux éleveurs respectueux et pratiques pour chasser les mouches.»

En juin dernier, dans La Croix, l’écrivain suisse Metin Arditi en avait fait le serment: «J’entame l’écriture de cette chronique en n’étant sous l’effet d’aucune substance […]» Après une longue explication de toute la saga Capaul, il reconnaissait cependant que les partisans de l’initiative avaient «un argumentaire qui porte»: «Pour pouvoir être amputés de leurs cornes, les petits veaux subissent une double anesthésie (locale et générale). Difficile de penser qu’au réveil il n’y ait pas une traînée de douleur. Les cornes sont des organes innervés. Elles font partie du patrimoine helvétique. Elles sont un accessoire indispensable à la toilette des vaches. Elles leur permettent de maintenir une hiérarchie dans le troupeau…»

Le Genevois le constate donc: «L’initiative de M. Capaul met en jeu des mécanismes essentiels de la démocratie suisse. Et d’abord sa nature profondément… démocratique. Voilà un homme éloigné à tous égards des centres de pouvoir qui arrivera sans doute à modifier la Constitution du pays. Ensuite, il est certain que le débat touchera à la définition de ce qu’est un animal, à sa place dans la société. Enfin, la discussion fera rage, je crois, sur l’image que le citoyen a ou souhaite avoir de son pays.» Cela a d’ailleurs commencé ce mercredi soir dans Infrarouge sur RTS Un:

Mais la semaine dernière déjà, Largeur.com a parlé de «l’initiative dont tout le monde se moque». Ce qui est faux, on le voit. Mais cela n’empêche pas ce site d’actualité d’admettre qu'«avoir des cornes peut être un atout dans une vie de bovin ou de caprin. Cela aide à se reconnaître, facilite la digestion et les soins corporels, permet de réguler la température». Les partisans de l’initiative voient également dans l’écornage une pratique détestablement anthropocentrique: «Il s’agit de préserver la dignité de l’animal en cessant de couper simplement les organes qui nous dérangent.»

«Donc, oui, imaginons que la vache à cornes fasse un carton dans les urnes. Les réactions internationales seraient sans doute aussi rares qu’amusées. […] Oui aux vaches à cornes, non aux juges étrangers, carton plein et succès mondial assuré. La Suisse trait sa vache à cornes et se coupe du reste du monde. Victoire totale des Waldstätten, magie de la démocratie directe. Tellement, que l’impression générale qui s’en dégagera ne sera pas loin d’atteindre au malaise qu’auraient provoqué deux initiatives sur les juges à cornes et les vaches étrangères», en conclut Largeur.

Cela, juste avant de rappeler que, «lyrique comme jamais, Toni Brunner, l’ancien président de l’UDC, a vanté «ce beau pays dans lequel on peut voter sur tout». Sauf que là, il ne parlait pas des juges étrangers, mais des vaches à cornes. Lesquelles peuvent sans problème lui retourner le compliment.» Ce qui représenterait un bel échange de bons procédés, comme on peut aussi en lire de gouleyants sur Facebook:

Conclusion? Demandons à Wikipédia de revoir les premières lignes de son article «Vache». Il y figure un terme contestable: «Nom vernaculaire donné à la femelle mammifère domestique de l’espèce Bos taurus, un ruminant appartenant à la famille des bovidés, généralement porteur de cornes sur le front.» Généralement.

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