Ceux et celles qui chantent, dansent, accouchent sans péridurale ou saluent le soleil le savent déjà. La vraie respiration s’apprend. Quand il est fait en conscience, le flux de l’inspire-expire ouvre un champ toujours plus large de fluidité, d’expansion, de maîtrise des mouvements, de connexion à soi et de paix intérieure. «Le bon fonctionnement de la respiration est garant d’une vitalité durable et d’un bon équilibre psychologique. Comme une seconde nourriture, alimentant en oxygène toutes les cellules de notre corps, dont 20% pour le cerveau», détaille Edouard Stacke, auteur des Vertus de la respiration consciente, paru aux Editions Trédaniel.

Habiter son corps

Selon ses chiffres, 90% des gens ne respirent qu’avec 15% de leur faculté respiratoire. Près de 60% de la cage thoracique et du diaphragme restent inexplorés par le souffle. Or c’est justement dans ces zones oubliées, telles que le dos ou les omoplates, que se logent le plus de tensions physiques et de refoulements émotionnels. «Habiter tout son corps en respirant procure une puissance personnelle incroyable. Il suffit de redonner au souffle la place qu’il mérite dans son quotidien pour en saisir les bienfaits», résume ce psychosociologue, consultant et ancien professionnel de la santé passionné par le sujet depuis l’adolescence, lorsqu’il s’entraînait à nager 50 m en apnée.

Les principes de la respirologie qu’il enseigne à travers toute la France par le biais de consultations, stages et conférences s’adressent aussi bien aux enfants qu’aux adultes, aux particuliers qu’aux professionnels de la santé. Ils s’inspirent des techniques de certaines traditions asiatiques telles que le taï-chi, le qi gong ou le yoga. Mais aussi des pratiques artistiques comme la danse, le chant ou le théâtre.

En résumé, il nous conseille d’inspirer et d’expirer lentement, le buste bien droit, en étant à chaque instant attentif au processus. Dans un état de vigilance similaire à celui de la méditation de pleine conscience.

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Respirer en conscience

«S’observer en train de respirer. Etre présent à soi-même. Accueillir les sensations, les pensées sans leur accorder d’importance. Voici le premier exercice que je conseille à tout le monde. Pas besoin de se coucher dans le noir: un cadre à l’agenda bien rempli peut très bien le faire en marchant dans les couloirs entre deux réunions. Ou pendant sa pause dans un parc, en se concentrant sur le chant d’un oiseau ou le feuillage d’un arbre. Agir en conscience ne demande pas de l’énergie mais de la concentration. Respirer ainsi chaque jour, par intermittence, permet de l’intégrer peu à peu de façon automatique», développe le fondateur de la méthode Vital’Respir, diffusée par le réseau Respirologie France.

Parmi la centaine de professionnels formés, Sylvie Salignac accueille les respirants aspirants à Genève pour des séances d’une heure. «On observe des effets sur la qualité de l’attention, la gestion du stress et la maîtrise des émotions. On peut même dire que cela renforce la confiance en eux, fait baisser l’anxiété et embellit leur rapport au monde et aux autres grâce à une meilleure qualité de présence», confirme-t-elle.

Souffler en mouvement

L’art de la respiration – pranayama – fait partie intégrante de la pratique de toutes les disciplines de yoga. C’est le souffle qui fait circuler l’énergie vitale universelle dans tout le corps lors de l’enchaînement des postures. Une respiration complète yogi se fait en trois temps, du bas vers le haut: diaphragmatique, thoracique et claviculaire. Entre l’inspire et l’expire, il y a une pause naturelle, comme le silence en musique.

«Le diaphragme est le muscle le plus important de la fonction respiratoire. En lui redonnant de la mobilité, on accroît la ventilation pulmonaire, on masse le plexus solaire, on tonifie la région abdominale», explique Barbara Ullmann, professeure de yoga, spécialiste du pranayama à Genève. En parallèle aux enseignements collectifs de yoga, elle propose des cours privés pour enseigner les techniques respiratoires yogiques adaptées aux situations et besoins. «Les participants ne sont pas forcément intéressés par la philosophie du yoga, mais cherchent simplement à mieux respirer pour gérer les contractions de l’accouchement, le trac ou les crises d’angoisse, voire améliorer leur entraînement sportif, notamment la plongée en apnée», conclut-elle.

A chacun de trouver les bonnes raisons de reprendre son souffle. Un vrai souffle. Comme cette respiration abdominale ample et fluide typique des bébés. Eux, si neufs, si libres, dans leur manière d’embrasser la vie.


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