Avoir une tête à chapeau? Certains visages peuvent se permettre une plus grande variété de formes, mais il existe un chapeau pour chacun. «Dans les magasins, il n’y a habituellement que trois tailles, explique Laura Catignani. Avec ces pièces standardisées, notre visage n’est pas mis en valeur et il est très facile de se résigner rapidement.»

Du béret parisien au chapeau cloche évoquant les années 1930, une multitude de styles se côtoient sur les étagères débordantes de rubans et encombrées de nombreuses formes en bois. Ces formes ovales lui servent pour façonner les chapeaux manuellement, technique communément appelée «travail au plateau». Ce procédé très physique emploie la vapeur, et accessoirement quelques sprays d’un raidisseur qui ajoute de la rigidité aux fibres.

La plupart des créations que Laura propose pour cet hiver sont en feutre. Le modèle le plus demandé par sa clientèle féminine demeure le fedora, modèle classique, appelé par erreur «borsalino», qui adopte une tournure beaucoup plus féminine lorsque les bords se font plus larges. Ici, on étudie et adapte au millimètre près les proportions des bords et de la couronne, qui peuvent être assemblés en tonalités distinctes pour des pièces bicolores.

Si l’esprit général de ses couvre-chefs s’avère assez moderne et citadin, on découvre aussi des modèles plus excentriques comme une pièce style vieux-casque-en-cuir-de-pilote ou une coiffe en forme de fleurs. Laura a découvert l’art du chapeau durant ses études de mode, à la Fashion Institute of Technology de New York. «Je n’avais jamais été une si bonne élève avant cela, sourit la quadragénaire, les chapeaux sont devenus une obsession.»

Elle dégote très rapidement un poste au Metropolitan Opera, où les costumes et les accessoires de scène exigent un degré de précision inouï. Un chapeau se doit d’être confortable mais doit tenir sur la tête malgré une scène très mouvementée ou malgré la pluie qui tombe du plafond, comme dans Singin’ in the Rain par exemple. «L’expérience au MET m’a permis de développer un certain œil, je vois rapidement ce qui marche ou pas. D’ailleurs mes clients lisent dans mon regard ce que je pense, je ferais une piètre joueuse de poker.»


Laura Catignani, sur rdv uniquement, écrire à lcathats@gmail.com