un jour, une idée

Lausanne. Obsession, un disquaire indépendant à la pointe des oreilles

Le disquaire indépendant de Lausanne fait des miracles auditifs

Un jour, une idée

Obsession, à la pointe des oreilles

De quoi a-t-on besoin pour se faire une bonne culture musicale? Il y a des mécanismes internes: il faut un certain goût pour la chose, une bonne mémoire, et une oreille entraînée, capable de saisir ce qui fait la spécificité, l’originalité d’une suite de sons. Mais il y a aussi des facteurs externes: avoir de saines lectures (The Wire plutôt que Closer), surfer sur les bons sites (Boomkat.com peut être une référence), disposer d’un cercle d’amis avec lesquels s’emplafonner sur les mérites de tel ou tel artiste, ou nouer une relation nourricière avec ces indispensables passeurs que sont les disquaires.

L’étincelle d’originalité

L’auteur de ces lignes vouera d’ailleurs reconnaissance éternelle à l’un d’entre eux: Obsession. Gérée par son seigneur et maître Eric Jeantet depuis son ouverture en 1990 dans le vieux Rôtillon, la boutique lausannoise a ensuite migré par l’avenue de France pour se fixer à la rue du Petit-Rocher, juste au-dessus de la place Chauderon. Pour pénétrer, poussez la porte de la librairie Basta, prenez quelques livres au passage, puis enfilez-vous dans l’escalier qui part au sous-sol – gardez toute espérance, une verrière sommitale laisse percer le jour. A main droite, le vinyle; à main gauche, le CD; en frise, le DVD; deux fauteuils crissants pour profiter de tout cela, casque sur les oreilles.

En termes de stylistique, le menu est large: rock, folk, pop, electro, hip-hop, jazz, musique expérimentale, contemporaine, ou du monde. Mais inutile de chercher ici ce qui fait les gros titres: le choix d’Obsession se porte sur la découverte, l’étincelle d’originalité, le tirage mesuré, la beauté énigmatique. De bac en bac, on se balade sur des décennies de musiques aventureuses, des noms défilent, la jungle de l’innovation se fait inextricable…

C’est là que le sherpa Jeantet intervient: cet homme est un «abysme de science» musicale, capable de vous exposer en trois phrases le pourquoi et le comment de la valeur et de la place d’un disque dans la création contemporaine.

Un cultivateur de goûts

Il y a plus: c’est un cultivateur de goûts. Devenez tant soit peu un habitué et il cernera vite vos connaissances, vos penchants et vos tabous… avec la ferme intention de ne pas vous y laisser mariner. Le rituel est immuable: prenez une dizaine de disques pour écoute, il vous en apportera une dizaine d’autres, choisis aux marges du premier groupe.

Par association d’idées, par inférences, en multipliant les rhizomes, une visite chez Obsession élargira fatalement le champ de vos préoccupations esthétiques, ajoutant un nom après l’autre au bestiaire des musiques actuelles – tel, à l’occasion de notre dernière visite, le compositeur italien Lino Capra Vaccina (que l’on avouera humblement inconnu à notre bataillon jusqu’à ce jour), dont le label Die Schachtel vient de rééditer l’Antico Adagio de 1978, un monument de beauté vibratile.

C’est une grande banalité que de dire qu’il y a là l’expression d’une passion: «Aussi loin que je me souvienne, explique Eric Jeantet, je me suis immergé dans la musique.» Ce qui est peut-être moins attendu, c’est le principe de ce moteur: «Franchement, quand nous avons ouvert le magasin (avec un cofondateur qui quittera l’aventure au bout de quelques années, ndlr), le but était pour moi à la fois d’avoir plus facilement accès aux disques… et de pouvoir les payer moins cher avant de les écouter.» On ne pourra que louer cet accès primordial de radinerie…

Obsession. Rue du Petit-Rocher 4, 1003 Lausanne. Ouvert le lundi de 13h30 à 18h30, du mardi au vendredi de 11h à 18h30, et le samedi de 10h à 17h. Tél. 021 323 65 10.

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