design

A l’école du luxe

Depuis six ans, l’Ecole cantonale d’art de Lausanne forme ses designers aux métiers du luxe. Le mariage de la forme, du prestige et du savoir-faire en compagnie de cinq diplômés de la volée 2012-2013

Le design? On a tous notre petite idée sur la question. Disons que c’est une manière d’allier la fonction à l’esthétique, de faire d’un objet pratique un outil à la fois confortable et beau, d’en éluder la nature brutalement industrielle. Mais le design de luxe c’est quoi? La même chose, mais en plus chic? «C’est mettre en avant l’artisanat, la tradition et le savoir-faire dans la production d’objets», explique le designer Nicolas Le Moigne, qui dirige le Master of Advanced Studies in Design for Luxury and Craftmanship à l’ECAL/Ecole cantonale d’art de Lausanne. Autrement dit de magnifier ce que notre société de la précipitation tend à délaisser parfois: l’art du geste, la noblesse du matériau et la patience dans la fabrication. Créé en 2007 par Pierre Keller, directeur de l’ECAL jusqu’en 2011, et réorienté par son successeur Alexis Georgacopoulos, ce postgrade forme ainsi des designers au haut de gamme. Chaque année, une petite dizaine d’étudiants venus d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord et du Sud viennent chercher à Lausanne ce supplément d’excellence. Un surplus prodigué par un casting de partenaires cinq étoiles: Hermès, Baccarat, Christofle. Et Vacheron Constantin, qui vient de s’engager dans l’aventure comme partenaire principal pour trois ans. «Pour nos étudiants, ces collaborations sont une opportunité rare de pouvoir toucher à l’exigence de belles maisons et, dans le cas de Vacheron Constantin, de pénétrer l’univers de la haute horlogerie.» Cinq diplômés de ce master de prestige présentent ici leurs travaux. Et expriment, à travers leurs beautés d’intérieur, ce design magnifique. www.ecal.ch

L’empilage de cristal

> Aurélie Mathieu, 28 ans

«Bricks». Un nom qui claque comme du verre qui se brise. «Bricks», objet paradoxal à la fois sacrément charpenté et fragile comme du cristal de Baccarat. Un vase 50% féminin, 50% masculin, né de deux créateurs: Aurélie Mathieu, la designer, et Philippe Karrer, graphiste et éditeur à Bâle. Même si, pour l’heure, la première poursuit son parcours en solo, un pied dans l’atelier du designer Jean-Baptiste Auvray, un autre chez elle pour mener des projets personnels, comme récemment avec Calvin Klein pour qui elle a dessiné des bijoux.

www.aureliemathieu.com

Qu’est-ce qui vous a amenée au design et au Master Luxe de l’ECAL, en particulier?

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu faire du design. Le choix du Master Luxe est arrivé à un moment charnière de ma carrière, où après avoir travaillé pendant trois ans au sein de l’agence que j’avais cofondée, j’ai senti le besoin de me spécialiser dans un domaine où les beaux matériaux et les savoir-faire seraient valorisés. Ce master était le moyen idéal d’acquérir un regard pointu sur cet univers, d’avoir la chance d’approcher des maisons du luxe, tout en développant une identité personnelle.

Avec «Bricks», vous êtes entrée dans l’univers du verre. Comment ce vase est-il né?

Je me suis inspirée des jeux de construction et de l’esthétique du groupe Memphis. C’est aussi la réinterprétation audacieuse d’un classique de Baccarat, où la fragilité du cristal devient partie intégrante du design.

Le designer qui vous fait vibrer?

Arne Jacobsen.

Le luxe pour vous c’est…

La possibilité de combiner dans un même projet des matériaux haut de gamme avec des savoir-faire uniques, sans contraintes, ni de temps ni d’argent.

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