«Nous avons tous fait l’expérience d’écrire pour nous soulager d’une trop grande peine, d’un chagrin douloureux, d’un traumatisme. Certes, cela fait du bien – un temps – mais ce n’est en rien guérisseur. L’écriture guérisseuse, c’est autre chose! Elle implique de mettre au jour ce qui est ignoré, tapi au fond de nous, ne fait pas de bruit, alors qu’il s’agit… de la cause réelle de nos maux apparents ou de notre mal-être.

Enfouir au plus profond de l’oubli nos douleurs fut une question de survie: les garder à la conscience eût été trop difficile à vivre. C’est la raison pour laquelle ces traumatismes anciens ne peuvent pas être retrouvés volontairement pour s’en libérer. Notre censeur intérieur veille. C’est ce qui explique que tant de personnes, dès lors qu’il s’agit d’explorer leur propre profondeur, d’écrire «vrai», bloquent. Et c’est la page blanche garantie. Si vous les interrogez, elles vous répondent: «Je n’ai pas d’inspiration.» Or vingt ans de pratique de la thérapie par l’écriture m’ont appris qu'il n’y a jamais de problème d’inspiration, il n’y a que des problèmes d’interdiction. Ces interdits sont de trois ordres. Ils peuvent être liés à la honte que nos pensées ou désirs ne soient pas «bien», à la douleur qui surviendrait en réveillant certaine mémoire, à une culpabilité – celle-ci étant pourtant, la plupart du temps, dénuée de fondement réel.

Le rôle de l’écriture guérisseuse est, par le biais d’exercices spécifiques, de «piéger» le censeur, de déjouer sa vigilance, afin que «l’indisable se dise enfin». En imaginant par exemple un personnage sur lequel on pose des émotions et un récit de vie, plutôt que de s’exprimer en «je». C’est comme un abcès que l’on perce. Ce qui sort (s’écrit) n’est pas toujours beau à voir, mais nous en sommes libérés. Après un temps de bouleversement émotionnel, nous nous sentons «nettoyés». Une nouvelle vie peut alors commencer.»


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