tout cru

L’empire (Giroud) contre-attaque

Cette semaine, Dominique Giroud a dû remercier le ciel avec plus de ferveur que d’habitude. Pensez donc: deux caves emblématiques du vignoble romand se sont retrouvées sous les feux de la rampe médiatiques pour des affaires de coupage. D’abord Testuz Vins, à Puidoux. Puis la cave Jean-René Germanier, à Vétroz, codirigée par le conseiller national PLR et son neveu, Gilles Besse, lui-même président de Swiss Wine Promotion. Un hasard du calendrier qui accrédite la ligne de défense du magnat déchu, qui avait laissé entendre en février dernier que de tels cas étaient répandus.

Dominique Giroud a tenté de profiter de ce contexte favorable. Jeudi, par l’intermédiaire de son conseiller en communication Marc Comina, il a envoyé à toutes les rédactions un communiqué et un argumentaire de 12 pages (!) «pour rétablir les faits». Sans évoquer les deux cas précités – la ficelle serait trop grosse –, le spin doctor lausannois essaie de démontrer que son client est un vigneron comme les autres, victime de l’acharnement d’une presse qui n’y pige que dalle.

Un vigneron comme les autres, Dominique Giroud? Un négociant qui aurait plongé «en raison d’erreurs d’écritures et d’inadvertances minimes et insignifiantes»? Oui, à condition de faire abstraction de faits accablants. Le texte ne dit pas un mot des fausses factures effectuées au nom d’une dizaine de vignerons du cru – un point que le Valaisan a reconnu lors de l’instruction. Ni de soustractions fiscales massives, en lien avec des revenus viticoles qui ont bien dû être réalisés quelque part. Ni de l’affaire, en cours d’instruction, du fendant qui aurait été vendu sous l’appellation Saint-Saphorin. Non, bonnes gens, qu’on se le dise: hormis quelques peccadilles, Dominique Giroud est un ange. Un digne enfant du Seigneur.

Le plus drôle, pour qui connaît un peu les dessous de l’affaire, est l’énergie déployée pour faire croire que Dominique Giroud a toujours été guidé par une quête insatiable de la qualité. Le texte cite les éminents œnologues engagés dans ce but, dont Daniel Dufaux, l’actuel président de l’Union suisse des œnologues, qui a quitté l’entreprise en 2009. Le même Daniel Dufaux qui me confiait en avril dernier que la qualité «n’était pas la priorité» de son ancien patron, trop occupé par le marché du vrac. Et, a-t-on appris depuis lors, à mettre des journalistes trop remuants sous écoute. Mais c’est bien sûr une autre histoire.