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En suspension dans un hamac, le yogi peut se contorsionner à l’envi et flirter avec ses propres limites. Légèreté et effort physique se déploient à un mètre du sol.
© David Vexelman

Apesanteur

L’esprit léger du yoga volant

Discipline récente, le yoga aérien lie tradition et art acrobatique. Zoom sur 
une pratique qui met la tête 
à l’envers en douceur, et 
qui fleurit en Suisse romande

Avec cette méthode de yoga, vous avez toutes les chances de décoller du sol et de tenir en équilibre sur la tête. On le nomme yoga aérien, flying yoga ou hama-yoga, et ses tissus colorés colonisent les plafonds des studios et des salles de fitness.

Maïra Bliggenstorfer, prof de yoga traditionnel depuis une dizaine d’années, a été l’une des premières en Romandie à l’enseigner. Alors qu’aujourd’hui, les formations sont nombreuses en Europe, aux Etats-Unis (où la spécialité aurait été brevetée en 2008) ou encore en Australie, Maïra a développé ses propres méthodes chez elle, après avoir découvert les hamacs de yoga lors d’un voyage à Edimbourg. C’était il y a sept ans et à ce moment-là, la discipline était inconnue en Suisse.

Pratiquer le yoga dans un hamac, au premier abord, pourrait faire doucement ricaner. Un sport de paresseux, une mode de bobo. Mais ceux qui tentent l’expérience découvriront rapidement que ces considérations sont réductrices.

Retour en enfance

Mélange de yoga traditionnel et d’art acrobatique, il permet d’accéder à des postures inimaginables, tout en se balançant à un mètre du sol, avec la possibilité de tourner à 360 degrés, de se contorsionner et de palper ses propres limites en douceur. Ludique, il mêle effort physique, zénitude et retour en enfance.

Le principe? Deux cordes sont solidement fixées au plafond. Assez haut et en béton armé, le plafond. Le long des deux cordes, une série de nœuds sur lesquels on accrochera les différentes parties du hamac à l’aide de mousquetons: c’est-à-dire le hamac même, et les deux sangles munies de poignées en mousse (type poignées de vélo) qui permettront de s’accrocher avec les mains.

Selon les postures et exercices, on variera la hauteur des suspensions, pour travailler à quelques centimètres du sol, ou prendre de la hauteur. On trouve principalement deux types de hamacs: le modèle en toile nylon (style parachute) avec les sangles et le modèle en tissu plus élastique mais sans poignées.

De Iyengar à Superman

Victoria, 32 ans, a tout de suite trouvé dans les cours de flying yoga un complément idéal à la méthode traditionnelle: «J’ai commencé dès le lancement du cours. Je pratiquais déjà le yoga Ashtanga. Plus jeune, j’avais fait l’école du cirque. Le hamac permet d’accéder à des postures de yoga rapidement et avec les mêmes bienfaits. Je dirais même qu’il y a un aspect thérapeutique. J’aime aussi le côté danse du corps.»

Position emblématique de la discipline indienne, l’inversion – posture sur la tête – est en partie responsable de la naissance du flying yoga. B.K.S. Iyengar, maître yogi indien, utilisait depuis longtemps une corde pour les inversions. «Au départ, on faisait des choses simples, pour étirer la colonne, explique Maïra. C’est d’ailleurs très indiqué en cas d’hernie discale. Etre accroché avec la tête en bas crée de la place entre les vertèbres.»

Le hamac est un support constant, soutenant les hanches comme un baudrier, les omoplates, la nuque, les chevilles, au gré des exercices et des envies. Toutes les parties du corps sont sollicitées, et lorsqu’arrive l’heure de la position de Superman – poing en avant, l’air plus ou moins victorieux, mais sans la cape – ce sont les abdominaux et les muscles des bras qui sont mis à l’épreuve.

Ça plane… ou pas

Côté contre-indications, rien à signaler a priori à part pour les personnes souffrant de problèmes de pression. Certes, le yoga aérien peut être physique, certains étirements sont intenses. Il appelle la force intérieure tout en sollicitant les muscles stabilisateurs. Mais l’effort reste doux, et la relaxation finale en apesanteur est une parenthèse de bien-être. En gros, il s’agit de trouver un point d’équilibre entre légèreté et stabilité.
Au-delà des postures que l’on pourrait retrouver à la fois dans le traditionnel et l’aérien, le point commun principal entre les deux disciplines réside dans l’esprit que l’on y insuffle. Rester concentré, focalisé, à l’écoute de son corps. Un esprit qui ne plane pas forcément dans les cours de flying yoga donnés dans certains fitness ou les écoles de danse.

Test à l’appui dans une école de l’ouest lausannois: entre les cours de Zumba et de hip-hop, la leçon se nomme flying move strech, et est décrite comme un mélange de yoga traditionnel, de danse aérienne, de fitness et de Pilates. Les hamacs sont bien là, mais les exercices sont très différents, plus rapides, et la musique – style électrolounge – diffusée à un volume élevé n’invite pas vraiment au recentrage.

Depuis peu, les écoles de Pole dance se diversifient aussi en proposant le yoga aérien. Forcément, l’état d’esprit y sera différent de celui qui règne dans un studio classique comme celui de Coloresens à Lausanne où enseignent Maïra Bliggenstorfer et ses collègues yogini.

Où sont les hommes?

Un point commun toutefois entre tous les cours: les élèves sont essentiellement des femmes. Les hommes n’apprécient-ils donc pas de se mettre la tête à l’envers ou de s’étirer dans un cocon de tissu suspendu? Maïra rigole, mais n’a aucune réponse à cette question. Elle constate simplement que la gent masculine n’est pas cliente. «C’est pareil dans le yoga traditionnel, alors qu’à la base cette discipline est plutôt masculine. C’était même un entraînement pour les guerriers! Mais les tendances évoluent. Il y a dix ans les cours de yoga étaient doux et lents. Aujourd’hui on revient vers un enseignement plus physique.»

Le flying yoga serait-il alors un moyen détourné d’exprimer sa féminité et sa sensualité? Certains y voient même des liens avec le bondage, ou le shibari (art de l’encordage provenant du Japon). «Peut-être que, comme dans le cirque acrobatique, les silhouettes sont bien dessinées, et c’est sûr que l’on se met dans des positions inimaginables. Mais non… Je dirais surtout que l’on se trouve dans un cocon, et que l’on bouge comme on a envie de bouger» répond Maïra Bliggenstorfer, qui préfère voir dans la recette du yoga aérien des ingrédients venus du Cirque du Soleil et des traditions indiennes. Défiant les lois de la gravitation, le flying yoga est, en quelque sorte, une formule magique, un mantra pour se sentir mieux sur la terre ferme.


Où pratiquer

Aerial Dance Geneva, 43 route des Jeunes, Carouge (Genève), 079 192 33 40, www.aerialdancegeneva.ch

Atelier Coloresens Yoga, rue de la Pontaise 8, Lausanne, 076 398 53 73, www.coloresens.ch

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