Joaillerie

L’esprit des pierres

Avec «Résonances», sa nouvelle collection de haute joaillerie récemment dévoilée à New York, la maison Cartier révèle la personnalité des joyaux d’exception

Dans la salle, il y a du beau monde. Les actrices Diane Kruger et Carey Mulligan, la réalisatrice Sofia Coppola ou les top modèles Pat Cleveland et Carolyn Murphy. Pourtant, on n’a d’yeux que pour elle, sa silhouette victorieuse dominant la baie de New York. Elle, symbole de liberté et icône du rêve américain. Si proche et si lointaine à la fois. On ne nous avait pas menti: Governors Island offre l’un des plus beaux points de vue sur la statue de la Liberté, mais aussi sur les gratte-ciel de Manhattan.

En cette chaude soirée d’octobre, notre présence sur cet îlot en forme de cornet de glace tient de l’exception, puisque «l’île des gouverneurs» ferme chaque année au public entre fin septembre et fin mai. Cause de l’effraction? Le gala donné par Cartier à l’occasion du lancement de la collection «Résonances», une centaine de pièces de haute joaillerie présentées célébrant les gemmes d’exception. Seul sur une grande scène, juste avant le défilé des parures, Cyrille Vigneron accueille ses invités avec un discours particulièrement inspiré. Son ton est solennel. Le CEO de Cartier ne parle pas, il scande. «Le terme résonance évoque la capacité des pierres à transmettre leur énergie aux personnes qui les portent, à sublimer leur aura. Une fois coupées et mises en valeur, elles ont aussi le pouvoir de provoquer des émotions et des images qui resteront à jamais gravées dans nos cœurs.»

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Révéler les pierres

A travers chaque collection de haute joaillerie, les artisans de Cartier soulignent une facette de leur métier. Une façon de sensibiliser le public à leur art et d’élargir ainsi le cercle des initiés. Au cœur de «Résonances», on trouve les pierres, essences de la création, véritables muses de la maison française. Immortelles mais bien vivantes, les gemmes sont ici considérées comme des sujets sensibles. Chacune possède une personnalité que le joaillier, tel un psychanalyste du minéral, traduit dans un bijou afin de faire résonner l’indicible. «Quand on parle de la personnalité d’une pierre, c’est un peu comme l’alchimie d’une rencontre, ça passe ou ça ne passe pas. Nous, joailliers, ressentons une vibration qui nous retourne, qui exprime une émotion. Avec cette nouvelle collection, nous avons essayé de mettre des mots sur cette alchimie très complexe et d’exprimer ce que la pierre représente à nos yeux. C’est-à-dire tout», confie, émue, Jacqueline Karachi, à la tête de la création haute joaillerie de la maison Cartier depuis plus de trente ans.

Au lendemain du gala de Governors Island, la directrice nous reçoit dans l’impressionnante Mansion Cartier – boutique centenaire de la marque située sur la 5e Avenue – pour découvrir de plus près le second volet de «Résonances». La première partie de la collection était dévoilée à Londres au mois de juillet à une poignée de clients triés sur le volet. Un succès éclatant: en une semaine, 85% des pièces ont été vendues. A New York, la présentation s’inscrit dans le cadre plus démocratique de la Cartier Haute Joaillerie Exhibition, grande exposition de 500 pièces de joaillerie ouverte à tous et entièrement gratuite. «La joaillerie permet d’apprendre à voir le monde. Nous avons à cœur de partager cette vision avec le grand public en lui présentant notre savoir-faire, mais aussi notre style, qui ne cesse de se réinventer tout en restant fidèle à lui-même», développe Pierre Rainero, directeur du style et de l’image de Cartier. Certains New-Yorkais se souviendront peut-être qu’en 1969 la Mansion avait déjà exposé un diamant (le plus gros du monde à l’époque) que venait d’acheter Richard Burton pour Elizabeth Taylor. Pendant une semaine, les locaux faisaient la file pour l’admirer.

Eclat sui generis

En 2017, les pierres qui composent la nouvelle collection de haute joaillerie Cartier ne résonnent avec aucun passé prestigieux. Leur histoire est vierge et leur éclat émane d’un dialogue savamment orchestré par les artisans de la maison. Ainsi, la forme poire de deux diamants, l’un rose (2,18 carats) et l’un bleu intense (2,03 carats), donne naissance à une bague «Toi et Moi», émouvante danse minérale à portée de main.

Le cœur brun aux pourtours vert acidulé d’une surprenante tourmaline de 84,10 carats induit un bracelet dont la monture révèle un dégradé de diamants et de saphirs de couleur d’une grande maîtrise. Ailleurs, sur un imposant collier, la peau douce de 13 émeraudes de Zambie taille cabochon trouble la surface liquide d’une mer de diamants. On visualise le ressac d’un océan s’écrasant contre les rochers. Des courbes d’onyx viennent suggérer le reflux d’un courant souterrain. Cette composition abstraite souligne le vert, le noir et le blanc de la parure, une association de couleurs que Cartier cultive depuis près d’un siècle. Car c’est aussi cela la force de «Résonances»: aller puiser dans les racines d’un style pour le pousser toujours plus loin. «Cartier est une langue vivante. Son vocabulaire est reconnaissable entre mille, mais il évolue avec son temps», souligne Jacqueline Karachi.

Loin du cliché d’une haute joaillerie figée dans le temps, les créations Cartier se veulent le miroir d’une époque où les femmes voyagent, bougent et veulent que leurs joyaux bougent avec elles. Le temps du bijou carcan est définitivement révolu. «Depuis la fin des années 1990, nos créations sont plus fluides, plus souples, plus légères. Consciemment ou pas, nous faisons écho au mode de vie des femmes et à la façon dont elles vivent leur féminité», note Pierre Rainero. Par conséquent, les bijoux transformables sont aussi plus présents que jamais: une tiare devient collier, le centre du collier devient broche ou pendentif pour un porté élégant et personnalisable. Jacqueline Karachi insiste: «Chaque pièce deviendra complètement différente d’une cliente à l’autre, car elle entrera en résonance avec sa personnalité. Nous voulons que les pierres parlent à toutes les femmes.»

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