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Séries d'images d'Eadweard Muybridge, deuxième partie de XIXe siècle.
© EADWEARD MUYBRIDGE COLLECTION/ KINGSTON MUSEUM/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Médecine

L’homme est-il vraiment fait pour courir?

Sommes-nous physiquement conçus pour avaler les kilomètres à grande vitesse? Certains l’assurent, d’autres en doutent. Le point de vue de Gérald Gremion, médecin chef du Swiss Olympic Medical Center

L’œil hagard, la langue pendante et les mollets en feu, Léo* a une conscience aiguë du caractère contre-nature de son acte. Persuadé que n’est pas guépard qui veut et que l’humain n’est pas modelé pour courir autrement qu’après un bus, le joggeur se demande pourquoi il s’inflige autant de mal. Un escargot aurait-il l’idée de se mettre à sauter ou un chien à grimper? Assurément non, balaie Léo. Nous avons soumis la question à Gérald Gremion, médecin chef du Swiss Olympic Medical Center et médecin adjoint au Département de l’appareil locomoteur du CHUV.

Lire aussi: Je sue, donc je suis

Le Temps: L’homme-joggeur: une hérésie du XXIe siècle?

Gérald Grémion: Courir est à la fois une hérésie et pas du tout. Si on reprend l’histoire de l’ère humaine, l’homme à ses débuts était un chasseur. En Afrique de l’Ouest, il avait la nécessité de courir et de se déplacer pour tuer des animaux et parfois leur échapper.

En Afrique de l’Est, on chassait également mais à l’épuisement; l’animal était blessé par une flèche puis poursuivi jusqu’à ce qu’il meure de fatigue. Cela pouvait durer plusieurs jours. Il fallait donc être vif et rapide d’un côté, endurant de l’autre.

Sommes-nous morphologiquement faits pour cela?

Si l’on compare les performances humaines à celles de la plupart des animaux actuels, nous n’avons pas la moindre place aux Jeux olympiques. L’homme a perdu de la vitesse au fil du temps. Ses capacités physiques ont diminué au profit du développement de son cerveau, de nouvelles aptitudes qui lui ont sans doute permis de survivre. Notre morphologie nous permet toujours de courir mais de manière bien moins rapide que les animaux. Même un chat va à plus de 40 km à l’heure!

Des chercheurs, se fondant notamment sur l’activité de certaines tribus, estiment que l’homme est un mauvais sprinter mais un excellent coureur de fond…

Il y a encore des populations en Afrique qui courent énormément pour se déplacer, pieds nus. Ils n’ont pas le réseau de transports que l’on a ici. Certains parcourent 40 kilomètres pour aller à l’école, tout petits déjà. Cela explique en partie que les Africains soient si performants dans les marathons. L’étude de tribus mexicaines a été à l’origine de la théorie du minimalisme, développée par Lieberman. Mais courir pieds nus ou presque, lorsqu’on n’y est pas habitué est impossible sans un entraînement assidu. C’est la cause de l’échec du minimalisme, dont on ne parle presque plus aujourd’hui. Le corps n’est pas ou plus habitué à cela, d’où les nombreuses blessures engendrées. Sans compter le risque de se faire mal avec un morceau de verre ou les déchets qui encombrent les chemins.

Courir, est-ce si bon pour la santé?

L’activité physique est le meilleur moyen que l’on ait trouvé pour lutter contre les maladies chroniques non transmissibles, ces maladies découlant de notre mode de vie sédentaire depuis l’après-guerre. L’homme est fait pour bouger et nous l’avons oublié. Enfant, je parcourais 2 km à pied quatre fois par jour pour aller à l’école et nous étions toujours dehors à courir. Le fait de courir peut certes entraîner un peu d'usure au niveau des articulations mais cela se soigne bien mieux qu’une maladie cardiovasculaire!

Qu’en est-il des problèmes de dos?

Il n’y a aucune relation établie entre course et mal de dos, au contraire. Des études ont montré qu’il existe moins d’incidences sur les lombaires dans une population de coureurs car cela renforce notamment les muscles et le gainage.

Une étude danoise réalisée sur une dizaine d’années avec 1500 personnes a montré que ceux qui couraient beaucoup n’étaient pas plus en forme que ceux qui ne couraient pas du tout. Est-ce étonnant?

Aurea mediocritas: le juste milieu est aussi précieux que l’or. L’important est d’exercer une activité physique mais tout excès est mauvais. Le sport d’élite est mauvais. Le foot à haute dose peut provoquer une arthrose des chevilles, des hanches ou des genoux, le tennis est mauvais pour les épaules, le golf pour le dos, etc. Certains sports sont plus doux, comme la natation ou le vélo mais alors vous risquez de vous faire renverser par une voiture! La question n’est pas de pratiquer deux, trois ou cinq fois par semaine mais de voir comment le corps réagit. La génétique joue un rôle important.

Pour limiter les dégâts, certains préconisent d’attaquer la foulée par l’avant du pied plutôt que par le talon.

Lorsqu’on attaque par le talon, la jambe est plus tendue et donc l’impact des chocs plus importants. En outre, le talon freine le mouvement. Ce n’est donc pas bon sur le plan biomécanique ni sur celui de l’économie de course. Avec l’avant du pied, la fréquence de pas est plus élevée mais l’impact moindre, le genou fléchi démultiplie la répartition des chocs reçus. En revanche, cela surcharge le talon d’Achille et peut entraîner des tendinites. Chacun a un style, défini par la chaîne musculaire ou le plat des pieds, et il est très difficile d’en changer.

L’addiction, constatée par tous les joggers, peut-elle poser problème?

Toute activité physique entraîne une addiction. On l’a longtemps liée à la production d’endorphines mais cela n’a rien à voir. L’addiction est liée au geste, elle est purement psychologique et non physique.

Lire également: A chacun son running


* Nom connu de la rédaction

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