montres

Dans l'horlogerie, la tentation de l'unisexe

Est-il encore pertinent aujourd’hui de miser sur le distinguo homme-femme en horlogerie? Avec des diamètres quasi identiques pour les deux sexes et des complications horlogères déclinées pour tous les poignets, les frontières sont plus ténues, les schémas classiques explosent

Les choses avaient le mérite d’être claires. Bleu pâle pour les garçons, rose layette pour les filles, aux hommes les montres techniques, aux femmes les bijoux qui disent l’heure. Situation simple, réponse basique, le flow de l’horlogerie s’est toujours adapté à la cadence des tendances. Mais la mécanique trop bien huilée de la distinction masculin-féminin a commencé à se gripper: la libération de la femme est passée par là, les rôles ont été redistribués, les cartes rebattues. Et l’horlogerie dans tout ça? Après un siècle codifié par la question du sexe, l’industrie a dû revoir sa copie et commencer à prendre ses distances avec les diktats du genre. Un phénomène plutôt récent mais qui laisse aujourd’hui entrevoir une offre horlogère plus encline à placer l’homme et la femme sur un pied d’égalité.

A l’échelle de l’histoire de la mesure du temps, la démarcation liée au sexe est une invention des temps modernes et la femme n’a pas toujours été le parent pauvre de la belle horlogerie mécanique. «Dès la fin du XVe siècle, les femmes portaient des montres qui leur étaient destinées, précise Christian Selmoni, directeur du style et du patrimoine chez Vacheron Constantin. C’étaient des pièces imposantes portées avec des chaînes de manière visible, par-dessus les vêtements. Fin XVIIIe, début XIXe, les garde-temps se sont féminisés sous forme de broches, de bagues ou de sautoirs richement décorés, mais les complications mécaniques sont restées, comme la répétition minutes qui permettait de connaître l’heure dans le noir. L’apparition de la montre-bracelet au début du siècle dernier a tout bousculé.