Santé

L’hôtellerie de luxe se met au yoga

Les grands hôtels sont de plus en plus nombreux à proposer des retraites de yoga. Avec massages, marche contemplative et méditation. Immersion

L’été dernier, lors d’un bref passage au Domaine des Andéols, un hôtel intimiste dans Le Lubéron, je venais de m’étendre près de la piscine à débordement, quand une femme en sarouel est venue me présenter les cours de yoga prévus matin et soir. J’en ai suivi un, juste avant l’heure du rosé. C’était beau. Et assez inattendu, hors des studios urbains. Juste ce qu’il fallait pour lâcher le mental et vivre au mieux cette escapade provençale.

Lire aussi: En Valais, cinq jours de yoga pour se purifier

L’idée d’enchaîner des postures en vacances n’est évidemment pas nouvelle. Les retraites en Inde ou à Bali existent depuis que les baby-boomers se sont laissé pousser les cheveux. Mais pour les suivre, encore faut-il trouver le temps d’aller si loin. Pressentant la demande pour ce type d’échappée belle plus près de nous, l’hôtellerie de luxe est en train de se convertir aux principes de yoga. «Après la minceur, la détox ou la performance sportive, le bien-être se place désormais au cœur des préoccupations. L’envie de vivre des expériences en groupe, aussi, dans une société virtuelle et individualiste», analyse Stéphane Reumont, directeur du Spa Cinq Mondes du Beau-Rivage Palace, qui a organisé des sessions de yoga sous les arbres centenaires du parc de l’hôtel en juin dernier, et planche actuellement sur un concept de cure pour 2018.

«L’idée est de faire venir des maîtres dans plusieurs domaines pour englober nutrition, yoga, méditation, qi gong, médecine ayurvédique et médecine chinoise. La force d’une cure dans un palace tel que le nôtre doit être d’offrir un cours de yoga aussi pointu que la cuisine d’Anne-Sophie Pic. Il nous faut donc développer l’art et la maîtrise de ce type d’approche», relève le directeur.

De l’autre côté du lac Léman, l’Hôtel Royal d’Evian vient de lancer la sienne. Si cette adresse historique, entièrement rafraîchie en 2015, a toujours été une référence en matière de cure santé, elle se lance pour la première fois sur la voie de la zénitude. Le cadre est idyllique. Sur les hauts de la ville, l’hôtel est entouré d’un parc et domine le lac, sans aucun bâtiment visible à la ronde. Seule la nature vibrante s’étend à l’horizon. Les rives suisses au loin. Comme si le lac posait plus de distance avec la vie trépidante qui nous attend là-bas. Ici, les mini-retraites de yoga sont prévues sur trois jours et deux nuits. Conçues par les spathérapeutes experts en énergétique, les coachs sportifs et les chefs cuisiniers, en collaboration avec Julien Levy, enseignant de yoga et thérapeute, elles varient à chaque saison. «Le but est de faire une vraie pause pour que l’agitation laisse place à la contemplation. Nos vies modernes sont paradoxalement trop souvent déconnectées de la nature et de notre vraie nature», explique le spécialiste. Respectant le cycle des cinq éléments de l’énergétique chinoise, le programme cible les méridiens les plus actifs de la saison, avec une action spécifique et des effets bénéfiques pour le corps, l’esprit, les émotions et les organes.

Réveil contemplatif

La journée démarre vers 6h30 avec une méditation libre, suivie d’une heure et demie de yoga dans une immense salle vitrée. Après le petit-déjeuner, des soins au spa s’enchaînent jusqu’au repas. Une marche contemplative en forêt est proposée en milieu d’après-midi. La journée s’achève avec une nouvelle session de yoga avant le dîner. Si le programme constitue la colonne vertébrale du week-end, un tapis de yoga et des infusions ayurvédiques sont proposés en chambre pour que l’on puisse aussi vivre des moments en huis clos.

«Après la minceur, la détox ou la performance sportive, le bien-être se place désormais au cœur des préoccupations»

Stéphane Reumont, directeur du Spa Cinq Mondes au Beau-Rivage Palace de Lausanne

Le point fort de cette cure est qu’elle s’ancre dans la conscience des saisons. En automne, par exemple, on apprend que les poumons, les reins ou encore la peau requièrent plus d’attention, plus d’exercices respiratoires, de postures liées à l’enracinement et de massages enveloppants. Julien Levy prend le temps d’expliquer entre deux enchaînements comment tout est connecté. Il nous invite à visualiser le flux énergétique qui nous habite, à nous reconnecter à notre lumière intérieure, une source d’énergie et d’amour, qui n’a pas besoin de religion pour exister. On en sort avec l’impression de s’être non seulement fait du bien, mais aussi avec une compréhension qui donne un nouvel éclairage au cycle des saisons.

L’approche holistique est aussi celle que privilégie l’Hôtel des Trois Couronnes à Vevey. Lancée l’an dernier, la cure «Relax» englobe une nuit en pension complète soit un petit-déjeuner et deux menus végétariens, l’accès illimité aux installations du spa, un cours de yoga, une séance de réflexologie et un massage polynésien. Ce forfait étant une base sur laquelle peuvent se greffer d’autres activités, voire même une ou plusieurs nuits pour prolonger la parenthèse. Durant le séjour, un bel accent est mis sur les repas végétariens conçus sur mesure, qui mettent l’organisme en pause et favorisent la détox. Le cours privé cible l’ancrage et l’ouverture du cœur avec des enchaînements tirés du yoga égyptien qui sollicitent la participation consciente de différentes parties du corps. Les soins sont prodigués par le chef thérapeute du Puressens Spa Lucian Retea, une référence dans le milieu, reconnu pour sa lecture énergétique et globale du corps.

Deux jours, c’est court, mais l’alimentation détox, couplée aux activités intenses, fait de cette mini-cure une première expérience. «Cette cure est une mise en bouche, confirme Soatiana Gauer, directrice du Puressens Spa. Elle invite à se mettre dans un état d’écoute intérieure une ou plusieurs fois dans l’année. Pour les clients qui recherchent un travail plus en profondeur, nous prévoyons une retraite de cinq jours ouverte à six participants, axée sur la relaxation et la spiritualité en septembre prochain.»

Pour cela, l’hôtel convie une sommité internationale, Francesc Miralles, praticien de médecine traditionnelle chinoise, physiothérapeute, consultant en bien-être et auteur. L’approche Harmonia qu’il a développée s’appuie sur les philosophies orientales et occidentales pour des programmes de nutrition personnalisés, des expériences détoxifiantes, un équilibre postural, une spiritualité, une pleine conscience et une relaxation durable. Chaque jour commencera par un cours de tai-chi suivi d’enseignements et de pratiques liés au thème du jour, puis d’un massage. Après le dîner, une méditation de groupe insistera sur la leçon du jour.

Lire également: «Zen, moi, jamais!»: face à l'overdose des injonctions au bien-être, la révolte gronde

Retraites tibétaines

Du côté de Gstaad, l’hôtellerie de luxe se fraie aussi un chemin vers les hauteurs de l’être. En pause saisonnière, aucun lieu n’a pu être visité dans le cadre de ce reportage. Mais voilà ce que l’on peut en dire: Antonis Sarris, thérapeute en chef du spa Six Senses de l’hôtel The Alpina, pratique la thérapie holistique, le tai-chi, la médecine traditionnelle chinoise et la médecine énergétique depuis vingt ans. Il a mis sur pied des retraites tibétaines qui durent trois, quatre ou sept jours. La médecine traditionnelle tibétaine englobe tous les aspects de la vie et procède de l’idée d’une unité et d’une interdépendance du corps, de l’esprit et de la nature. Le programme commence par une consultation, une mesure du pouls et un questionnaire permettant de définir la typologie personnelle. Les soins complémentaires sont destinés à rééquilibrer les niveaux d’énergie afin de régénérer le corps et l’esprit, avec par exemple une application de tampons d’herbes, un massage tibétain, un soin par les bols chantants ainsi que des séances de méditation tibétaine et de yoga «Lu Jong». Les journées tibétaines qui auront lieu ce printemps vont plus loin que la retraite traditionnelle proposée toute l’année, puisqu’elles seront vécues en compagnie du moine et érudit tibétain Tenzin Kalden Dahortsang.

Avant chaque immersion dans ces hôtels, j’avais la crainte que l’approche ne reste en surface. Que le yoga soit un concept marketing édulcoré par le contexte hyperluxueux. Il n’en est rien. Les trois lieux visités ont mené en amont une réflexion de fond et se sont entourés d’équipes à même d’assurer la richesse de l’enseignement du yoga, la conscience de la détox, du souffle, de la déconnexion. Et c’est aussi une superbe occasion pour les thérapeutes du spa de montrer qu’ils savent faire bien plus qu’un simple massage relaxant. Chacun à leur manière, ils touchent à des dimensions subtiles de l’être. Pouvoir vivre cela dans un hôtel historique cinq étoiles à quelques kilomètres de chez soi est une chance.

Publicité