Un jour, une idée

Au Parnasse, c’est psychanalyse, poésie et italianità

Les librairies indépendantes se raréfient de plus en plus dans le tissu urbain: raison de plus pour chérir celles qui se battent pour exister et sortir des sentiers battus. A Genève, parmi quelques autres, une adresse sûre et originale: Le Parnasse. Voilà un nom qui engage: «C’est le fondateur de la librairie, feu Christian Payot, qui lui a donné ce nom», explique Marco Dogliotti, l’un des deux actuels capitaines, l’autre étant Carine Fluckiger. «Il existe de par le monde plusieurs librairies qui portent ce nom, prédestiné d’ailleurs, dont une à Pavie et l’autre à Mexico…»

Nous ne connaissons ni celle de Pavie, ni celle de Mexico. En revanche, celle de Genève est un havre pour quiconque, en Suisse romande, s’intéresse à la poésie, à la littérature italienne et à la psychanalyse. Car on tient là les trois axes qui font la particularité de l’endroit. La littérature italienne, comment s’en étonner lorsqu’on interroge un peu plus Marco Dogliotti, un Piémontais tout imprégné de cette haute culture Mitteleuropa dont le Triestin Claudio Magris s’est fait l’historien et le mythologue? Et il est vrai que souffle au Parnasse, entre philosophie, littérature et psychanalyse, comme un parfum de cette intellectualité très Italie du Nord qui aime à se pencher sur les tréfonds de la psyché, les exigences de la mathématique et les percées de la modernité.

Mais ce qui réjouit dans cette librairie, c’est d’expérimenter très concrètement ce que la sérendipité veut dire. «Sérendipité»? Le fait de découvrir, dans un magasin, une boutique, une librairie, autre chose que ce qu’on venait y chercher. Au Parnasse, la sérendipité, c’est en furetant sur les tables où se cristallisent les choix des libraires. C’est ainsi que j’y trouvai récemment Qui a peur de Susan Sontag? de Corinne Rondeau, aux Editions de l’Eclat, Les Poèmes du Wake, de James Joyce aux Editions de la Nerthe, l’Histoire de l’expulsion des Juifs de Sicile d’Isidorio La Lumia chez Allia, Les Travaux forcés de la répétition, obsessions, addictions, compulsions dans la Petite Bibliothèque de psychanalyse des PUF et les scuds que le poète futuriste F. T. Marinetti décocha contre l’amour exsangue de Venise, Contre Venise passéiste, chez Rivages.

J’aurais pu trouver tout cela sur Internet? Pfui! Aurais-je eu le plaisir du furetage et de la découverte? Aurais-je eu la joie de la conversation avec la jeune stagiaire du moment, Anna Lazzerini, venue tout spécialement ici au Parnasse, depuis sa Pistoia natale, attirée par le seul nom de la librairie? Bien sûr que non, et c’est pour toutes ces raisons que l’on bénit le ciel que des librairies de cette sorte existent encore, malgré l’hécatombe provoquée par le commerce en ligne.

Au Parnasse s’y ajoute une dense activité de lectures d’écrivains et de poètes. Celle du mercredi 10 juin donnait à entendre Sylvain Thévoz, le politicien et agitateur culturel genevois qui lisait ses Poèmes pour quand j’aurai 18 ans. «Ah, quand Sylvain vient lire, c’est toujours un événement», lance Marco Dogliotti, qui nous signale la lecture de ce mercredi 17 juin, à 18h30, Claude Thébert qui dira du Jacques Roman.

Toutes ces activités viennent par ailleurs d’être couronnées d’une fondation: celle de l’association des «Amis de la Librairie Le Parnasse». Elle a pour buts «de soutenir les projets culturels organisés par la librairie, de contribuer à son rayonnement ainsi qu’à son développement et de garantir sa pérennité».

Le Parnasse, 6, rue de la Terrassière, 1207 Genève. Le programme des lectures sur Facebook.