Chaque semaine de l'été, «Le Temps» enfile son maillot et se plonge dans l'onde qu'il déniche en Suisse romande. Avec le récit de ces lieux où l'élément aquatique est roi

En traversant le viaduc de la Gruyère, sur l’autoroute A12, on l’aperçoit sans trop y croire. Serait-ce un mirage? Certains conducteurs vont jusqu’à s’arrêter pour en avoir le cœur net. On veut parler de l’île d’Ogoz, improbable excroissance plantée au beau milieu du lac de la Gruyère, dans le canton de Fribourg.

Pour goûter aux joies de ses eaux vertes et d’un pique-nique sauvage (pas de buvette dans les alentours), direction le port du village du Bry, où la location d’un paddle, d’un kayak ou d’un canoë permet d’accéder à l’oasis en toute indépendance et de se prélasser sur les petites plages herbeuses à l’ombre d’épais feuillus. A moins de s’adresser à l’Association Ile d’Ogoz (AIO), qui propose des excursions en bateau de mai à octobre, ainsi qu’une visite commentée des lieux. Car le plus grand frisson d’Ogoz, c’est son histoire.

Cité engloutie

«C’est grâce à la construction du barrage hydroélectrique de Rossens et de la mise en eau du lac de la Gruyère, en 1948, que l’île d’Ogoz est devenue île», raconte Jean-Pierre Grandjean, membre du comité de l’AIO et l’un des 14 bateliers («pilotes», selon le jargon local) de l’association. Auparavant, Ogoz n’était encore qu’un éperon rocheux laissé à l’abandon depuis le XVe siècle par les autorités, probablement suite à la peste noire de 1348.

D’un point de vue archéologique, le site d’Ogoz ne manque pas d’intérêt, puisque les scientifiques y situent des preuves d’occupation humaine dès le mésolithique (9000 à 5000 av. J.-C.). Il y a surtout ces tours jumelles, qui dateraient du XIIIe siècle et servaient à rendre visible l’autorité des seigneurs de l’agglomération. Selon une légende pour le moins romanesque, elles auraient été commanditées par deux seigneurs suite au décès accidentel d’une belle châtelaine qu’ils courtisaient en même temps. Inconsolables, les jeunes hommes se réconcilièrent et promirent de ne plus jamais se quitter. L’histoire raconte même que la chapelle du bourg fut construite à l’endroit où mourut leur dulcinée.

Le sceau de l’amour aurait-il scellé le sort d’Ogoz? Chaque année, l’île célèbre une dizaine de mariages. Les réceptions sont organisées au-dessus de la chapelle, où un auvent permet d’accueillir jusqu’à 80 personnes. Un spectacle que l’on peine à imaginer en hiver: avec la fonte des neiges, le niveau des eaux baisse et le site devient une presqu’île accessible à pied sec. Ogoz, semi-mirage estival.


Pratique

Association Ile d’Ogoz, Le Bry (FR). Excursions et visites commentées de l’île (durée environ 1h15), en semaine sur demande, les week-ends à 14h et à 16h. Réserv. obligatoire: tél. 079 653 87 55.