enchères

Liz au trésor

Liz Taylor vouait une passion aux joyaux et aux hommes qui les lui ont offerts. Les 13 et 14 décembre, une partie de sa collection sera dispersée à New York. Parmi les 269 lots mis à l’encan, il est des pièces iconiques dont on est allé chercher les origines dans les archives des joailliers entre Paris et Rome. Comme la Peregrina, cette fameuse perle du XVIe siècle, dont on raconte enfin la véritable histoire…

Une salle entière dédiée à sa collection. Ce fut l’une des seules conditions posées par Liz Taylor lorsque la maison Bulgari lui a demandé de prêter ses bijoux afin de les exposer, à Rome, en 2009. Bien peu de chose en réalité, en échange du droit de montrer ces joyaux… Ce fut l’une des rares fois où le public put toucher des yeux quelques pièces de sa collection*. Sa suite d’émeraudes, à portée de désir, comme son collier serti d’un énorme saphir cabochon en forme de pain de sucre de 52,72 carats.

Le 23 mars dernier, l’étoile s’est éteinte laissant derrière elle une collection d’amoureuse, un sillage précieux que la maison Christie’s dispersera à New York les 13 et 14 décembre prochain. Ce sera sans doute la vente de bijoux du siècle, ou du demi-siècle tout du moins. «Que ce soit en Chine, à Dubai, à Tokyo, à Londres ou à Paris, il y a la queue dans toutes les villes où cette collection est présentée», souligne François Curiel, président de Christie’s Asie et directeur International du département bijoux.

Dans un ouvrage aujourd’hui épuisé, My Love Affair with Jewelry ** , Elizabeth Taylor déclarait, en ­parlant de ses bijoux: «J’espère que leur présence et leur magie se transmettront. Qu’ils seront aimés, mais pas possédés, car nous ne sommes que les gardiens temporaires de la beauté. J’espère que dans le futur, d’autres que moi prendront soin de ces bijoux, et qu’ils en partageront l’éclat – mais pourvu que ce jour n’arrive pas trop vite!» Ce qu’il adviendra pourtant de ces joyaux, après le 14 décembre prochain, nul ne le sait…

Une sensualité bouleversante

La dernière fois qu’une vente de bijoux a autant fait parler d’elle, ce fut celle des joyaux de la duchesse de Windsor, en 1987. Elle avait rapporté 50 millions de dollars, un record absolu à l’époque. Mais l’esprit des bijoux Windsor était d’une autre nature: chaque objet semblait dire la volonté de la duchesse d’inscrire son nom dans l’histoire de la joaillerie, d’être co-créatrice, de lancer des tendances, d’exprimer son sens rompu du style, d’être à la proue du bateau, jamais sur le pont arrière. Rien de tel chez Liz Taylor. Sa collection est un appel aux sens. De ses bijoux exsude une sensualité bouleversante. Ils sont un concentré d’amour, de sexe, de désir et de pouvoir. On a le sentiment qu’en les prenant dans ses mains on pourrait presque sentir palpiter la peau, battre le cœur d’Elizabeth Taylor. Dans le petit film amateur tourné le jour où elle a reçu des mains de Mike Todd l’écrin de cuir rouge contenant la parure de rubis Cartier, son regard est celui d’une petite fille devenue déesse***. Les gemmes avaient le pouvoir de la rendre encore plus sensuelle, si tant est que cela fût possible.

Dans la manière dont la star a monté sa collection, il n’y a d’autre fil rouge que l’amour. Elle avait l’art de choisir des maris et amants qui savaient lui offrir des joyaux extraordinaires. Des pièces historiques, des diamants légendaires, des pierres d’exception, des parures classiques et même des bijoux fantaisie. Elle recevait tout, portait tout, avec un même bonheur. C’est sans doute pour cela, d’ailleurs, que Mike Todd avait fait copier une paire de boucles d’oreilles fantaisie qu’il lui avait offerte à Paris, pour la lui rendre sertie de diamants… En général, les gens font le contraire.

Pour essayer de comprendre le mystère, la force contenus dans certains de ses joyaux mythiques qui seront dispersés en décembre, il a fallu se rendre chez Bulgari, à Rome, chez Cartier à Paris. Interroger des experts: François Curiel; David Warren, le directeur du département bijoux de Christie’s à Londres; Pierre Rainero, le directeur image, patrimoine et style chez Cartier; Amanda Triossi, la curatrice de la collection Bulgari. Demander à voir des archives, se faire ouvrir ce grand album relié de cuir grenat dans lequel sont consignées toutes les coupures de journaux qui avaient accompagné l’exposition du fameux diamant Taylor-Burton dans les vitrines de Cartier en 1969. Déjà, les gens faisaient la queue pour admirer cette gemme de 69,42 carats. Selon la presse de l’époque, quelque 6000 personnes se pressaient tous les jours devant la vitrine pour apercevoir cette pierre. Il faut dire qu’il s’agissait du premier diamant ayant dépassé le million de dollars. Il faut dire aussi qu’il s’agissait d’un cadeau d’amour fou.

Quarante ans plus tard, les gens font toujours la queue pour voir les joyaux mythiques de Liz Taylor, et tenter de s’approprier, le temps d’un regard, un peu de leur pouvoir…

* La première fois que le public put admirer un des bijoux de la collection d’Elizabeth Taylor, ce fut dans la vitrine de Cartier, à New York, où fut exposé en 1969 le Taylor-Burton (lire p. 45). En 2002, la star a exposé une partie de sa collection chez Christie’s à New York, lors du lancement de son livre «My Love Affair with Jewelry». En 2009, la maison Bulgari a monté une exposition rétrospective «Bulgari, entre histoire et éternité» – de 1884 à 2009: 125 ans de joaillerie Italienne, à Rome, avec une salle dédiée aux bijoux d’Elizabeth Taylor. Exposition reprise à Paris sous le titre «Bulgari, 125 ans de magnificence Italienne», en décembre 2010, au Grand Palais.

** Bibliographie: My Love Affair with Jewelry, Elizabeth Taylor, Ed. Simon & Schuster, 2002. (épuisé) Bulgari, entre histoire et éternité– de 1884 à 2009 – 125 ans de joaillerie italienne, par Amanda Triossi, Ed. Skira, Milan, septembre 2009. Bulgari, 125 ans de magnificence italienne, Amanda Triossi, Ed. Skira déc. 2010.

*** Voir la vidéo sur www.letemps.ch/luxe

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