L’aventure

L’odyssée autour du monde d’une flèche d’argent

Parti le 5 août d’Angleterre, le Longest Flight de Matt Jones et Steve Boultbee Brooks s’achèvera en décembre. Un tour de la planète à bord d’un Spitfire de 1943 dans lequel embarque aussi l’horloger IWC

Ils ne savent pas quel pays ils retrouveront à leur retour en décembre. Parti d’Angleterre le 5 août, Matt Jones et Steve Boultbee Brooks boucleront leur tour du monde cinq mois plus tard. Dans l’intervalle, le Brexit aura sans doute été prononcé, entraînant la Grande-Bretagne dans le brouillard.

Le pilotage à vue, c’est aussi ce qui risque souvent d’arriver aux deux pilotes anglais dans le cockpit de leur Supermarine Spitfire MK.IX de 1943. Le jour du départ, l’avion se trouve dans le hangar de l’aérodrome de Goodwood, dans le West Sussex, à une centaine de kilomètres au sud de Londres. L’endroit est bien connu des amateurs de courses d’old-timers pour son circuit automobile au look vintage. Il l’est aussi pour son terrain d’aviation d’où décollaient les chasseurs de la RAF pendant la Seconde Guerre mondiale. Un lieu hautement historique où les pilotes Steve Boultbee Brooks, 58 ans, et Matt Jones, 45 ans, ont créé la Boultbee Flight Academy, l’une des premières écoles qui vous met aux commandes d’un Spitfire.

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Gueule de requin

L’appareil est mythique, et pas seulement au Royaume-Uni. Effilé, rapide et extrêmement maniable grâce à ses ailes elliptiques, il va devenir le héros de la bataille d’Angleterre. Même si ce sont surtout les Hurricane, avions moins sexy mais beaucoup plus nombreux à l’engagement militaire, qui vont empêcher les Messerschmitt allemands de pénétrer sur le territoire britannique. Aidés par Hollywood, le Spitfire et son décor typique de gueule de requin vont ainsi s’incruster durablement dans l’imaginaire collectif. «En 1936, l’ingénieur Reginald Mitchell a dessiné sans aucun doute le meilleur avion jamais construit. Il a inspiré des générations et continue de le faire aujourd’hui, explique Steve Boultbee Brooks. Dans cette école que nous avons fondée il y a dix ans, nous avons fait voler plus de 600 personnes à bord de nos Spitfire. De retour sur le sol, les gens ont tous le sourire. Il arrive aussi que certains, submergés par l’émotion, reviennent du voyage du voyage en larmes.»

Il y a deux ans et demi, les deux pilotes achètent un nouveau Spitfire, auquel ils réservent un destin très spécial. Leur idée? Faire le tour du monde avec ce zinc de 76 ans débarrassé de sa tenue camouflage. «Pour nous ce n’est pas un caprice de pilote. Cet avion est une légende. Il a été construit par des gens qui luttaient pour leur liberté. C’est ce message que nous voulons faire passer partout où nous nous arrêterons.»

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80 000 rivets

Les 43 000 kilomètres de ce Longest Flight ne se feront bien sûr pas d’un coup. Le plan de vol prévoit une centaine d’étapes à travers une trentaine de pays. «Nous les avons principalement choisies en fonction de la connexion historique avec l’avion, explique Matt Jones. Pour d’autres nous n’avions pas le choix, car nous avons besoin d’une piste de 800 mètres au minium pour atterrir. En Russie, un seul aérodrome correspondant à ces critères se trouve sur notre route.»

La flèche d’argent s’arrêtera aussi en Suisse, à Saint-Gall, presque au bout de sa course. Pas tout à fait à Schaffhouse où se trouve IWC, qui fabrique des montres aviateurs depuis 1936, pile l’année de conception du Spitfire. Ce qui explique aussi que la manufacture helvétique sponsorise l’aventure. «Cet avion est comme une montre, compare Matt Jones. Dans les deux cas, on parle de mécanique de très haute précision. Ici, il a fallu démonter une à une les 40 000 pièces et les 80 000 rivets pour préparer cette odyssée. Nous n’avons presque rien modifié de l’appareil d’origine. Nous l’avons juste équipé d’une radio, d’un GPS et d’un iPad. Derrière le pilote, nous avons également ajouté un réservoir. Ce qui permet à ce Spitfire de parcourir un millier de kilomètres, contre 500 normalement. Nous pourrons ainsi revenir en arrière si les circonstances l’exigent, notamment au niveau des conditions météo.»

L’angoisse et la magie

Le temps, le principal souci de tous les pilotes. Une angoisse qui monte d’un cran lorsque vous vous trouvez enfermé dans un cockpit minuscule et très inconfortable où la température tombe à -22 degrés à 25 000 pieds. «En Europe, les tours de contrôle vous envoient toutes les données nécessaires pour vous assurer un vol en toute sécurité. Mais nous allons aussi traverser des régions totalement désertiques où sur 500 kilomètres nous n’aurons absolument aucune information, anticipe Steve Boultbee Brooks. Aujourd’hui le voyage en avion s’est complètement banalisé. Et c’est très dommage. Je me souviens, enfant, de mon état d’excitation lorsque j’allais voir le pilote dans son cockpit. Avec cette aventure nous avons aussi envie de remettre de la magie et de l’émotion dans l’acte de voler. Pour qu’elle inspire la jeune génération.»

Pour suivre le parcours du Longest Flight en temps réel: silverspitfire.com

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