Un jour, une idée

La Louve, c’est 35 000 trésors imprimés, sourire du libraire en prime

On trouve toutes les nourritures intellectuelles, artistiques et spirituelles à la Librairie de la Louve, à Lausanne. En seconde main, comme on dit. Emanuel Landolt, le maître de la maison, tient l’endroit comme on tient salon: un must pour les passionnés

Un jour, une idée

La Louve, c’est 35 000 trésors imprimés, sourire en prime

A Lausanne, au cœur de la vieille ville, nichée presque dans les basques de l’hôtel de ville, elle est tapie en embuscade: la Librairie de la Louve.

«Livres d’occasion, Achat-Vente», clame dans une typographie élégante la devanture. Au premier abord, elle a l’air d’un mouchoir de poche. Mais qu’on passe la porte et c’est l’ivresse des travées, le labyrinthe des alcôves dissimulées: 35 000 livres.

Nous voici donc au royaume lausannois du livre d’occasion généraliste. Où viennent en pèlerinage celles et ceux, tous âges confondus, qu’une monomanie taraude, qu’un hobby dévore, qu’une soudaine passion enflamme: occultisme, plantes alpines, théories conspirationnistes, poésie en tirage rare, architecture romane, polars improbables, Pléiade épuisés… On trouve de tout à la Louve! Les bobos aux revenus aisés viennent s’y saouler de monographies richement illustrées. Les jeunes recrues de la Ligue vaudoise ou les nostalgiques du Grand Soir y puisent, chacun selon ses tropismes, poisons à leur convenance: les œuvres de Maurras, de Gonzague de Reynold, celles du grand Marx, d’Engels son sponsor, et même la poésie de Mao Tsé-toung.

Les étudiants, chercheurs, bibliophiles et bibliomanes y chinent à rythme régulier. Car le stock tourne et virevolte – c’est un des secrets de la maison – et qui sait sur quelle bibliothèque en déshérence le patron des lieux aura mis récemment la main. Le patron? Emanuel Landolt, 31 ans, l’œil vif, une barbe de hipster, le sourire ravageur, la bonne humeur constante, les enthousiasmes communicatifs.

Un si jeune homme pour de si antiques marchandises? Parfaitement, et c’est même à 26 ans qu’il s’est lancé, avec ses économies, dans l’aventure. «Pendant mes études à l’Université de Lausanne, je cherchais des petits boulots. Je suis allé proposer mes services au fondateur de la Louve, Gérald Donnet. Qui m’a engagé. Quand il s’est agi pour lui de passer la main, il a songé à moi.»

Au lieu donc, son master en poche (c’est un slaviste, spécialiste de philosophie russe; il est aujourd’hui doctorant à l’Université de Saint-Gall), d’aller s’échouer fonctionnaire dans l’enseignement secondaire, le jeune Landolt (rien à voir avec la riche famille homonyme) décide de franchir le pas: il cornaquera sa petite entreprise. Depuis, il a passé son permis de conduire, s’est mis à la comptabilité et a étudié le marché. Ecouler le stock via Internet? «La concurrence y est beaucoup trop vive, les prix s’effondrent, du coup, la marge est trop faible.» Conclusion du jeune homme: «Il vaut mieux travailler «irl». Tabler sur le goût qu’ont les gens de chiner. Les achats d’impulsion, le contact in vivo…»

Fine mouche, le gaillard. Et s’il n’a changé d’un iota ni l’extérieur ni l’intérieur de la librairie, il l’a métamorphosée en un bourdonnant salon où viennent causer tous les passionnés que la ville de Lausanne compte.

La dernière fois que j’y étais, un jeune homme moderne s’enquérait d’y trouver les œuvres de Huysmans que Michel Houellebecq cite dans Soumission

Sise 3, place de la Louve, à Lausanne, la librairie se visite en 3D en tapant son nom sur Google. L’animation est signée Olivier Wavre.

Publicité