Rhabillé pour l’été (4/7)

Les lunettes de soleil, un accessoire militaire devenu incontournable

Pendant les vacances, «Le Temps» raconte l’histoire de ces accessoires de mode qui font les joies de la belle saison. Cette fois, le petit supplément de frime posé sur le nez

Les lunettes de soleil, c’est le petit supplément de frime posé sur le nez. Un accessoire qui parachève le look et affirme le caractère de la même manière que le masque traditionnel brouille l’identité. Au point, depuis dix ans, d’adopter toutes les formes: «regard de chat» ou «effet rétro papillon», aviateur classique ou modèle en verre miroir qui vous donne l’air de débarquer d’un futur où la mode ne serait visiblement plus une question.

Reste que l’idée de protéger ses yeux de l’astre est vieille comme Hérode. Ou plutôt comme Néron, dont Pline l’Ancien raconte qu’il observait les combats des gladiateurs à travers une émeraude. La pierre de couleur fût d’ailleurs pendant longtemps le seul filtre efficace pour éviter l’éblouissement.

Des plaques de quartz

Au XVIIIe siècle, les doges de Venise chaussaient des plaques de quartz fumé pour pallier la réverbération de l’eau lorsqu’ils sillonnaient la Sérénissime en gondole. Dans les années 1752, l’opticien britannique James Ayscough met sur le marché les premières lunettes à branches. Dans la foulée, il crée aussi des verres teintés en vert ou bleu censés corriger certains troubles de la vision.

L’histoire a fait de cette invention l’origine des lunettes de soleil, même si leur but n’est pas de protéger de la lumière. C’est au XIXe siècle que la médecine préconise aux syphilitiques que la maladie rend photosensibles de porter devant les yeux des filtres jaunes ou bruns.

Une barrière contre les fans

Comme souvent, c’est l’industrie militaire qui va sortir les solaires du domaine de la santé. Le Turinois Giuseppe Ratti fabrique des protections spéciales pour les aviateurs italiens qui font des cartons dans le ciel de la Première Guerre Mondiale. Les produits de sa marque Persol – contraction de «Per Il Sole» – intéressent aussi les coureurs automobiles. Fangio en tête, pour qui l’opticien italien conçoit un modèle avec fixation élastique dès la fin des années 1920. Découvert en 1913, le filtre anti-UV se généralise en 1936 lorsque l’Américain Edwin H. Land développe la production bon marché de verres polarisants, sous l’appellation Polaroid. Les lunettes de soleil se popularisent. On va bientôt en trouver dans tous les kiosques du coin.

A partir des années 1950, les vedettes s’entichent de cet accessoire qui permet aussi de bloquer l’hystérie des fans. Et garanti une publicité gratuite et mondiale à des marques qui vont ainsi forger leur légende. Marcelo Mastroianni et Steve McQueen s’affichent en Persol. James Dean, Elvis et les Beatles ne jurent que par les Wayfarer de Ray-Ban. Tandis que Michael Jackson et Freddie Mercury jouent à cache-cache derrière les montures acier du fameux modèle «Aviateur» du même fabricant.


Quatre notions liées

Pierre précieuse

Dans son Histoire naturelle, l’écrivain et naturaliste romain Pline l’Ancien raconte que Néron assistait au combat des arènes en observant les gladiateurs à travers des plaques d’émeraude.

People

Oversize fantaisiste chez Elton John, ronde et rikiki pour John Lennon: à partir des années 50, les solaires deviennent les accessoires incontournables des vedettes de la pop culture. Elles ne servent plus seulement à protéger du soleil, elles mettent aussi à distance la star du monde réel.

1752

L’opticien britannique James Ayscough équipe une monture de verres teintés en bleu et vert censés soigner des troubles de la vision. Même s’il ne s’agit pas encore de protéger les yeux de la lumière, son invention entre dans l’histoire comme la première paire de lunettes de soleil.

Aviation

L’industrie des lunettes de soleil va vraiment démarrer au début du XXe siècle, lorsqu’elles vont équiper les pilotes de chasse de la Première Guerre mondiale. Et se populariser dans les années 1930 avec la production de masse des verres anti-UV.

Publicité