Chronique littéraire

Et si l’Université de Lausanne faisait un méchoui avec ses moutons?

Pour chaque édition du «T», le magazine du «Temps», le collectif de jeunes auteurs romands l’AJAR imagine une actualité factice. Comme ce scénario: pour renflouer ses caisses, l’UNIL organise un festin géant avec ses moutons

Le collectif de jeunes auteurs romands écrit désormais une chronique pour «T», le magazine du Temps. 

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Pour la rentrée, l’UNIL organise un événement plutôt original: un méchoui géant avec ses moutons. Ouvert au grand public, il se tiendra sur le campus de Dorigny samedi prochain et l'idée semble faire mouche. Les réservations déjà enregistrées se comptent par centaines.

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L'UNIL ne s'en cache pas, son objectif est de renflouer les caisses: «Comme toutes les universités, nous devons rationaliser nos coûts et augmenter nos recettes. C'est une façon originale de relever le défi», explique Annick Pache, responsable d'Unicom, le service de communication de l'université à l'origine de la manifestation.

Son organisation a été déléguée au comité HEC (Hautes Etudes commerciales). «Le résultat sera convivial et économiquement profitable», commente Kevin Kolliker, son président. «Outre les bons-repas, un forfait entreprise a été imaginé afin de permettre un exercice de team building autour de la préparation d’un mouton à la broche.» Des entrées VIP complètent l’offre: leurs titulaires bénéficieront d’un service sous tente avec sofa – «à l’orientale» pour citer les affiches qui pullulent sur le campus.

Raout contesté

Le projet répond à un autre problème: si les moutons sont le symbole de Dorigny depuis plus de 25 ans, leur espérance de vie dépasse rarement douze ans. Or, malgré l'introduction récente des Ouessants, reconnaissables à leur taille menue et leur laine brune, beaucoup de bêtes arrivent à un âge avancé… Kevin Kolliker estime que le méchoui offrira l'opportunité de leur rendre hommage, afin qu'elles ne disparaissent pas en silence.

Mais ce grand raout n'est pas du goût de tout le monde. Engagée dans le développement durable, l'association estudiantine Unipoly s'insurge. Par communiqué de presse, elle dénonce «une monstruosité carniste, en contradiction totale avec la réflexion actuelle sur le bien-être animal» et n'exclut pas d'interpeller le Conseil d'Etat.

Elle s'interroge en outre sur les méthodes d'abattage prévues, non sans cynisme. «Le rectorat compte-t-il s'en charger lui-même ou engagera-t-il des étudiant-e-s pour accomplir la sale besogne?»

Atelier saucisses

L’idée ne choque pas que les adeptes du végétarisme. Toutefois, dans les rangs conservateurs, c'est le caractère jugé «exotique» de l'agape qui fait grincer des dents. Sur les réseaux sociaux, des groupuscules identitaires, très offensifs, déplorent que la recette ne soit pas plus «régionale». «Pourquoi on ne propose pas des mets issus de nos traditions chrétiennes, genre un ragoût?» commente ainsi un internaute sur la page Unicom dédiée à l’événement.

Kevin Kolliker et Annick Pache tentent de calmer le jeu. «Nous tenons à rappeler que tout le monde sera le bienvenu. Il y aura des pois chiches pour les végétarien-ne-s et un atelier saucisses avec un artisan boucher du Flon. Enfin, une table ronde à la Grange, à 18h, permettra une confrontation des points de vue.» Pas sûr que tout cela suffise à calmer la polémique.

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