Automobile

L’utilitaire bon à tout faire

En marge des SUV, voire des monospaces, le grand van polyvalent séduit les familles nombreuses ou recomposées. Un succès inattendu pour un véhicule qui appartient pourtant à la catégorie peu séductrice des utilitaires légers

C’était une présence surprenante chez Opel au salon automobile de Francfort, le mois dernier. Le véhicule était mis en évidence sur le stand de la marque allemande. Tout de même, un fourgon utilitaire parmi les SUV, berlines, voitures compactes, autos électriques, prototypes futuristes? Propulsé par un moteur diesel, en plus? Unglaublich!

A en juger l’intérêt général à Francfort pour l’Opel Vivaro, il se passe quelque chose avec ce type de camionnette, en pleine mutation d’usages. Le Vivaro est désormais une gamme à lui tout seul. Il se décline en versions pour le transport, les affaires, la famille nombreuse ou recomposée, le sport, le camping. Comme ses concurrents de VW, Mercedes, Renault, Peugeot ou Fiat, il a une porte arrière coulissante pour faciliter l’accès à bord, un espace modulable prêt à accueillir une bonne demi-douzaine de personnes, au besoin une table pliante ou une banquette qui se transforme en lit (Vivaro Life, disponible en janvier prochain).

Catégorie à part

Comme ses rivaux encore, ce véhicule encombrant était rustique, peu équipé, un rien «bétaillère», bref, utilitaire dans l’acceptation péjorative du terme. Il ne l’est plus. La finition est bonne, les vitres arrière sont surteintées, les sièges confortables, les prises USB au rendez-vous, le volant en cuir, le plafonnier à LED, la climatisation à plusieurs zones, en plus des systèmes d’assistance à la conduite et des informations routières en temps réel comme n’importe quelle voiture particulière moyen ou haut de gamme.

Or ce type de véhicule reste dans la catégorie, à part, des utilitaires légers. L’organisation faîtière Auto Suisse ne sait pas trop comment l’appeler, entre van multifonctionnel, fourgon polyvalent, camionnette et minibus. Auto Suisse n’a pas d’estimation de marché pour cette drôle de navette-lounge. Mais, de manière globale, l’organisation repère une forte croissance générale en Suisse des utilitaires légers, surtout pour le transport de personnes (+12% l’an dernier).

Mazda quitte la coulisse

Le van (du mot caravan) n’est donc ni un gros SUV ni un monospace comme l’Espace de Renault ou le Zafira d’Opel. «Un Vivaro possède au moins le double de volume de charge par rapport à un Zafira, précise Lukas Hasselberg, responsable des relations publiques d’Opel Suisse. La tendance semble vouloir que les acheteurs automobiles aient besoin de la plus large gamme de modèles possible pour répondre à leurs besoins individuels. Ils ne sont plus disposés à adapter leur mode de vie à une offre restreinte de véhicules. Les limites entre les différents segments automobiles deviennent ainsi plus fluides. Les nouveaux modèles Vivaro Tourer ou Life sont de bons exemples de cette diversification permanente.»

Une diversification qui ne convient pas à toutes les marques. Pour rester dans les voitures particulières, Mazda avait dans son catalogue un monospace à porte coulissante et sept places, le modèle 5. Aujourd’hui concentré sur la production de ses SUV à succès CX-3 ou CX-5, le constructeur japonais a renoncé au Mazda 5. Ce qui n’arrange pas un représentant de la marque comme Bruno Filisetti à Renens (VD), qui se retrouve face à une clientèle qui regrette la porte coulissante du Mazda 5, si pratique. Ou peste devant l’impossibilité d’installer trois sièges rigides pour enfants côte à côte à l’arrière d’un SUV, tant ces dispositifs protecteurs prennent désormais de la place.

Adapté aux modes de vie

Résultat, selon Bruno Filisetti: les familles nombreuses ou «patchworks» se tournent vers les vans de VW, Renault ou d’autres constructeurs, mêmes si ces véhicules peuvent coûter plus de 40 000 francs. Ou alors elles tentent à tout prix de conserver leur monospace: «Il y a quelque temps, j’ai un client qui est venu me dire que son Mazda 5 avait 150 000 kilomètres et qu’il cherchait autre chose, mais ne trouvait rien, se rappelle Bruno Filisetti. Il m’a donc demandé à combien reviendrait la remise en état de son véhicule. Réponse: 5000 francs.»

«La demande se concentre non seulement sur les familles, ajoute Lukas Hasselberg chez Opel, mais aussi sur les célibataires sportifs et les couples qui ont besoin de beaucoup d’espace. Dans le cas du Vivaro Tourer, nous nous adressons également aux clients commerciaux et aux services de navettes qui veulent que leurs passagers soient transportés aussi confortablement que possible et puissent également travailler pendant le voyage.»

Le van, ou fourgon, ou camionnette, comme l’on voudra, est ainsi une nouvelle bonne à tout faire. Le signe que la raison, dans l’automobile, empiète de plus en plus sur l’émotion, le statut ou le style.

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